• "Je serais toujours

    Même si venait à disparaître mon corps,

    moi, je serais encore.

    Je serais pareil à la flamme qui brûle dans le brasier

    ou dans l'étincelle, pareil à l'éclat d'un regard.

    Je serais aussi dans le cri ou dans le vent,

    dans l'appel ou dans le sourire;

    Je serais dans la vibration ou le battement,

    dans le chuchotement ou la caresse.

    je serais loin et près,

    comme le soleil et la lune,

    les étoiles ou le ciel.

    Je serais comme une couleur lumineuse

    ou comme une pensée qui fuit.

    Je serais pareil à l'oiseau qui vole,

    ou à l'étoile filante qui parcourt les années lumière.

    Je serais pareil au sentiment qui traverse le temps et la matière,

    pareil à l'odeur parfumée qui sort des bois,

    ou à une voix sortant de la gorge.

    Je serais comme un geste ou comme un mouvement de la terre,

    comme le passage de l'aigle ou le sillon laissé par les  bateaux."

                                 

                                                                        Ayadi el' hadi


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  • 2881906412_164dbcfed4.jpg 
    Sur la route, le charretier

    Entraîne tout le paysage.
    Le temps est resté suspendu.
    Il fait très beau. L'ami
    m'appelle.
    Je ne pense pas à la mort.
    Mais la transparence est telle
    Qu'à la fenêtre où je me penche
    Je suis épouvantablement heureux
    Du côté des choses invisibles."

    Jean Malrieu (Le nom secret)


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  • Je vais à une conférence...Devant moi, un couple ...Je suis sûre qu'ils vont  eux aussi au même endroit que moi...La douleur trouble leur regard, elle marque leur visage,leur dos, leur démarche,...Tenir debout semble leur demander un gros effort..Nous rentrons, je les perds de vue...Annick Ernoult, la conférencière commence...Elle vient parler du deuil, de l'absence..Elle sait de quoi elle parle : sa fille est morte d'un cancer à sept ans..Elle a écrit un livre :"apprivoiser l'absence", elle a créé une association du même nom et elle a intitulé cette conférence débat: "Après la mort de son enfant, survivre ou revivre?"
    Son exposé est clair, simple et pourtant riche de toute  son expérience et de celles des centaines de personnes qui se sont confiées à elles...Ensuite, les personnes qui désirent s'exprimer ou poser des questions prennent la parole...
    Et voilà que j'entends  quelqu'un parler d'une voix ferme et assurée..C'est la dame que j'ai aperçue en arrivant...Son visage a rajeuni, elle n'est plus dans l'accablement comme tout à l'heure..Se trouver dans un lieu amical l'a ranimée..Ici, elle peut être entendue et comprise..Et elle dit que ce qui la maintient vivante, c'est de ressentir la présence de son enfant , elle dit que cette présence, on ne peut pas lui l'enlever..Mais elle ne peut pas dire ça n'importe où, sinon, on la prend pour une illuminée...
    Voilà quelqu'un qui a su apprivoiser l'absence...Transformer cette absence en une présence intérieure...La douleur est toujours là mais elle ne nous détruit plus et comme le dit Christian Bobin (et c'est par ces mots-là que la conférencière  a clos le débat)
    "Ton rire me manque.
    On peut se laisser dépérir par le manque. On peut aussi y trouver un surcroît de vie"


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  •   Sept décembre
    Ce n'est pas un jour ordinaire
    c'est un jour anniversaire.
    Nous l'avons fêté, cette année, avec un jour d'avance
    avec deux couples amis
    qui, en ce début décembre,
    nous réservent toujours un jour ou une soirée.

    Sept décembre
    c'est le jour anniversaire
    de notre fils,
    le plus jeune,
    le jour de son arrivée sur terre
    et le jour de son départ,
    dix-neuf ans plus tard...
    Il aurait pu attendre encore un peu...
    mais ainsi est la vie
    fugace, éphémère, tragique
    et cependant terriblement belle....
    Et chaque fois qu'une joie nous arrive,
    je me dis que je dois la vivre pour deux
    puisqu'il n'est plus là pour s'en réjouir...
    Oui, je l'entends qui me dit :vas-y, profites -en,
    ouvre tes yeux, ouvre ton coeur,
    ouvre-toi à la vie.
    Je l'ai quittée parce que je la voulais
    tellement plus belle  que ce que j'étais capable de vivre,
    alors vas-y...
    Et c'est vrai, j'aurais l'impression de le trahir,
    de le faire disparaître à nouveau
    si je faisais la fine bouche,
    si je ne tentais pas de cueillir
    tous ces petits bonheurs qui viennent à notre porte.
    Peut-être n'est-il venu sur cette terre que pour cela,
    pour nous dire que la vie est joie,joie et douleur mêlées
    mais joie tout de même.

    Et qu'on ne me dise pas que mon enfant, je l'ai perdu...
    J'ai toujours quatre enfants
     dont un qui n'habite plus son corps de chair et qui est donc invisible
    mais je ne peux pas perdre ce qui ne m'appartient pas
    et aucun être humain ne peut appartenir à un d'autre, fut-il son enfant.

    Ses retrouvailles, chaque année, ne sont pas tristes,
    elles sont chaleureuses
    et savoir que nous pouvons compter sur nos amis
    pour marquer cette date au sceau du souvenir
    est réconfortant et apaisant...
    Et la vie continue avec ses joies et ses peines.


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  • (à partir d'une berceuse de Marie Noêl)

    Soume soume ce soir
    mon ami sur sa couche
    Qui t'empêche d'entrer dans ton pays profond?
    Ce n'est qu'un amour
    qui là-haut tourne en rond?
    Ce n'est qu'un visage
    qui me relie à la terre.

    Soume soume ce soir
    Inconnu bercé sur un brancard
    Qui t'empêche d'enter dans ton pays profond?
    C'est une espérance
    qui ritournelle dans ma tête;
    c'est un rêve d'enfance
    qu'il me faut réaliser.

    Soume soume ce soir
    vieillard à qui la vie a tout pris
    Qui t'empêche d'entrer dans ton pays profond?
    C'est une espérance
    qui ritournelle dans ma tête.
    C'est un rêve d'enfance
    qu'il me faut réaliser.

    Soume soume ce soir
    vieillard à qui la vie a tout pris
    Qui t'empêche d'entrer dans ton pays profond?
    C'est une revanche
    que je me suis promis de gagner.
    C'est une vengeance
    qu'il me faut exécuter;

    Soume soume ce soir
    homme qui agonise sur la route
    Qui t'empêche d'entrer dans ton pays profond?
    C'est une toile qui attend
    une touche de couleur
    C'est un poème que je n'ai pas achevé.

    Soume soume ce soir
    Coupez les liens qui vous attachent
    Et laissez-vous couler dans le pays profond


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