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    En 1981, Hepsibah, la soeur de Yehudi Menuhin, meurt à 60 ans. Yehudi écrit à ses parents

    "Ses restes mortels sont enterrés mais, d'une manière extraordinaire, tout ce qu'elle signifiait réellement, chaque qualité de sympathie, d'amour, chaque émotion profonde qu'elle communiquait, demeure plus forte que jamais, infusant ma vie de sa présence. Je ne peux pas dire si elle est partie ou si elle est venue, si elle est de retour avec moi, plus proche que jamais, même si je ne peux plus entendre sa voix, ni la voir, ni faire de la muisque avec elle."


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  •   Hier soir, je plonge à nouveau dans un livre lu cet été  : Chanter de Delecroix chez Flammarion...Je me souvenais surtout , et c'est celui-là que je cherchais, d'un très beau chapitre de trois pages seulement ( "Tu chanteras pour finir" ) où l'auteur nous parle  d'une femme sur le point de mourir..

      Elle est entourée de toute sa famille, elle a dit à chacun ce qu'elle avait à lui dire et, depuis plusieurs jours, elle ne dit plus un mot...et, soudain, au moment suprême....

    Je partage avec vous la fin de ce chapitre...J'ai été fortement touchée par cette histoire...La fin de vie peut être belle.

     

     

     

     

     

     

    " Et puis dans le silence de la chambre, il se fit un silence plus profond encore et ce silence ne s'entend qu'à une seule occasion, n'appartient qu'à un seul moment, qui est celui de la mort...Dans la chambre, la mort était là, ils le surent aussitôt, et la vie,  enfin , se retirait à jamais. Elle, elle la voyait sans aucun doute et n'en apraissait pas effrayée. Elle voyait la mort se pencher sur elle, elle voyait la vie se retirer sur la pointe des pieds et refermer la porte. Avant de s'en remettre au néant, pourtant, elle les regarda, son mari, ses enfants. Ils crurent qu'elle voulait dire quelque chose, qu'une parole restait à dire peut-être, que peut-être elle était réservée pour cette minute.

    Mais c'est dans ce silence qu'ils l'entendirent chanter.

    Ils crurent un instant avoir rêvé. Ils se regardèrent sans comprendre. Mais ils dûrent se rendre à l'évidence, discrètement, fragilement, à peine audible, elle chantait.... Elle était là, entièrement là, toute la vie sur el bord de ses lèvres. C'était un air familier qu'ils reconnurent. ayant délaissé la parole, défait un à un les liens, s'étant allégée de tout et d'elle-même finalement, elle n'avait plus qu'un souffle qui, désertant peu à peu tous les recoins du corps, franchissait pour toujours la fine frontière des lèvres, et c'était comme si ce dernier souffle était le premier, celui qui avait précédé la première parole, celui qui, au fond, soutenait toute aprole, la vie elle-même. Et ce souffle, elle le leur offrit parce qu'il chantait."          Vincent Delecroix  ( Chanter)


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  • " J'ai déjà enduré toutes les morts

    et toutes je veux les endurer;

    Je veux mourir comme la branche sur l'arbre,

    Mourir comme les pierres dans la montagne.

    Mort du grès redevenu sable,

    Mort de l'herbe sèche d'été qui craque,

    Mort pitoyable , sanglante des hommes.

     

    Je veux renaître et devenir fleur,

    Renaître et devenir arbre, herbe,

    Poisson, cerf , oiseau et papillon.

    L'impatience me fera quitter

    Chaque forme et je gravirai les marches

    Menant aux ultimes souffrances,

    Aux ultimes souffrances des hommes.

     

    Oh, arc tendu, je te vois frémir

    Lorsque les poings furieux du désir

    Veulent recourber l'un vers l'autre

    Les deux pôles de l'existence!

    Souvent encore et sans relâche,

    Tu me mèneras de la mort à la vie,

    Chemin cruel des métamorphoses,

    Chemin splendide des métamorphoses. "

     

               Hermann Hesse

              ( Eloge de la vieillesse )


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  • "J'ai le même rapport à la mort qu'autrefois, je ne la hais ni ne la crains.

    Si un jour je me mettais à checher avec qui j'entretiens volontiers les relations les plus fréquentes en dehors de ma femme et de mes fils, il apparaît que c'est uniquement avec des morts, des hommes de tous les siècles, des musiciens , des poètes et des peintres. Leur être, concentré dans leur oeuvre, continue de vivre et revêt pour moi plus de présence et de réalité que la plupart de mes contemporains. Il en va de même pour les hommes disparus que j'ai connus ,  aimés et "perdus", pour mes parents,mes frères et soeurs, mes amis de jeunesse, ils font partie de moi-même et de  mon existence, aujourd'hui comme hier, lorsqu'ils vivaient encore. Je pense à eux, je rêve d'eux et les inclus dans ma vie quotidienne. Ce rapport à la mort n'a donc rien d'une illusion, d'une belle construction de mon imagination; il est bien réel et fait partie  de ma vie. Je connais bien le sentiment de précarité qu'inspire toute chose, je l'éprouve à chaque fois qu'une fleur se fane; Mais il s'agit là d'une tris tesse sans désespoir.

     

      Petit à petit, tous les gens s'en vont. A la fin, nous avons plus de proches et d'intimes "de l'autre côté" qu'ici-bas; si bien que, sans l'avoir prévu, nous devenons curieux de l'au-delà et oublions la crainte de celui qui se protège davantage de la mort.

     

      Les disparus ainsi que l'essentiel de leur être qui nous a influencé vivent à travers nous aussi longtemps que dure notre exitence. Parfois nos entretiens et nos discussions avec eux sont plus fructueux qu'avec les vivants, et ils nous dispensent de meilleurs conseils.

     

      Tout cheminement, qu'il ait pour but le soleil ou la nuit, aboutit à la mort, à une renaissance douloureuse que l'âme craint. Mais tous les hommes font le chemin, tous meurent, tous renaissent car la Mère éternelle les ramène éternellement à la vie."

                                                  Hermann Hesse (Eloge de la vieillesse)


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  • L'autre jour, j'ai reçu ce texte de mon amie Chantal

    et j'ai  envie de le partager avec vous

      

     

    "  L'homme, à la haute silhouette , marchait depuis des jours, droit devant lui.

      Il a gravi des montagnes , passé des cols , traversé des forêts , parcouru de longues plaines.

      Il a connu la morsure du froid, la brûlure du soleil, les frissons de la pluie.

      Il a été taraudé par la faim et par la soif, le corps endolori. Mais il ne se décourage pas.

      Il aime marcher et apprécie la beauté de la nature : la fraîcheur des petits matins, la délicatesse du vent léger, les couleurs changeantes des champs, la rencontre fortuite d'animaux sauvages.

     

      Il respire à pleins poumons et la vie lui semble si belle, si simple.

      Et s'il a des moments de doute , l'accueil chaleureux de personnes rencontrées sur son chemin, lui redonne des forces.

     

      Il marche d'un bon pas, jusqu'au jour où il bute sur une rivière large et profonde, infranchissable. Impertubable, il longe le cours d'eau à la recherche d'un pont ou d'un gué. Mais les jours succcèdent aux nuits et il ne trouve pas de passage.

     

      Alors, à bout de force, il s'arrête là, dans un champ au bord de la rivière.

     

      Il ne pense plus à rien, ou plutôt si, son esprit vagabonde et il se met à rêver qu'une barque légère viendrait à sa rencontre et l'aiderait à passer de l'autre côté.

     

      De l'autre côté? Mais qu'y a-t-il là-bas?

      Il y a un monde inconnu et mystérieux, celui des âmes qui, avant lui, ont traversé la rivière.

     

      Oui, là-bas, quelqu'un l'attend."          Chantal. 

     


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