• Tu es l'absent présent.
      Je ne te cherche plus, tu t'imposes à moi. Chaque fois que je prépare ma valise pour quitter la maison,c'est comme si tu te glissais dans mes bagages incognito, et je te découvre à l'arrivée et tu ris de ma surprise et tu me dis:"toi qui aimes écrire,qu'attends-tu pour me redonner la vie?"
      -Mais,mon petit,c'est difficile,bien sûr que je brûle d'écrire un poème à toi dédié
    mais il y a eu ces trois années sombres avant que tu ne nous quittes et nous avons failli sombrer ensemble dans la folie et dans la peur? Comment nous retrouver?
      Et tu me réponds avec ton fin sourire:"ne te décourage pas, tout a un sens, je ne suis pas venu au monde pour rien...cherche mais surtout aime la vie, c'est un cadeau trop immense pour le négliger,c'est parce que je l'aimais trop que je l'ai quittée, je ne pouvais pas me contenter de faire semblant,vis pour moi, tu me réjouiras"

    Toi qui voulais une seconde naissance,je suis dans l'attente de toi, je veux te la donner,car de ta mort doit jaillir la VIE. Je sais que tu attends cela, que cela est nécessaire pour que le drame de ta mort ne soit pas rejoué encore. L'ombre est là pour que tu en fasses de la lumière. Ta mort doit devenir source de VIE.

    Ainsi ,tous ces liens qui se sont créés ou qui se sont fortifiés depuis que je parle de toi, n'est-ce pas de la vie qui circule...Merci à tous ceux qui m'ont envoyé des commentaires ,des mails....Je n'espérais pas tant de chaleur, tant de partage, tant de compréhension...Merci infiniment et BON NOEL à tous...Croyants ou incroyants,peu importe...Vivons la vie et le partage.


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  •   Celui qui, tel un météore, a accompli sa vie  en un temps record, pour apporter à ceux qui l'ont connu une lumière irremplaçable...C'est toi, mon fils mort à 19 ans, seul ,dans une maison déserte où tu  t'étais abrité du vent,,de la pluie, du froid et des tiens qui te cherchaient
      L'annonce de ta mort par un gendarme qui avait découvert ton cadavre déjà froid fut,à la fois, une épouvante absolue et,à la fois, un grand  apaisement...Seuls peuvent comprendre ceux qui sont passés par ce chemin...Je n'avais plus à te chercher,à m'angoisser en pensant que tu avais faim et froid, que tu étais seul...Je n'avais plus à me creuser la tête pour savoir comment te venir en aide, comment faire pour que tu acceptes notre aide...Une grande paix m'avait envahie...Tu ne souffrais plus et tu me chuchotais à l'oreille:

                                 "la vie est belle,il faut oser la vivre pleinement , la savourer, l'aimer...Aimer,maman,il n'y a que cela qui compte,vas-y maman,je suis parti pour ça...pour que vous puissiez vivre en paix" 


       Les trois semaines qui ont suivi ta mort, je les ai vécues dans la douleur mais pas dans l'effondrement car tu m'accompagnais...Je débordais d'amour à l'intérieur de moi, j'étais pleine de compassion pour ceux que je rencontrais, réconciliée avec tous, quelque soient les conflits qui avaient pu nous opposer, ils étaient devenus sans importance...C'était comme si tu m'avais envoyé ce que tu avais découvert , dans ta nouvelle vie ,dans ce lieu d'amour parfait où te trouvais...Et c'est parce que j'ai goûté à ça que je peux continuer à vivre dans la joie malgré tout...Mais il faut sans cesse ranimer la flamme.


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  •    Ces derniers mois de ton existence,ce ne fut pas toujours l'enfer,loin de là...Ainsi ce soir-là...
       Pendant le repas,je parle de ma rencontre avec Fanfan  . Fanfanqui a tenu une pizzeria,place de La Pierre à Valence,puis a abandonné,fait des petits métiers par-ci,par-là pour nourrir sa famille,Fanfan qui ne rentrera jamais dans le moule.
       Et toi,tu m'écoutes avec grande attention et tu me demandes si je suis pour la révolution. Et tu ajoutes,enthousiaste : "ce serait bien si tu devenais le chef des jeunes qui sont pour la révolution...ça servirait d'exemple,ça montrerait que ,même vieux,on peut avoir des idées...!
       Je suis très flattée que tu m'imagines capable d'une telle mission,moi si timorée...Je suis très heureuse que tu sois encore capable d'encore un peu d'enthousiasme,toi qui si souvent te traînes comme un mollusque...Je suis radieuse de sentir à quel point tu m'aimes et me fais fais confiance,même si,dans ta détresse,tu affectes parfois de me mépriser...Ce soir-là,je reprends confiance...C'est toi qui deviendra le chef,plus tard,quand tu te seras trouvé....Mais il n'y aura pas de plus tard...Vingt mois après,tu t'envoles dans l'au-delà...
        Quelques mois plus tard,quand je rencontre Fanfan,au hasard d'une rue,je lui raconte ton histoire...Il m'écoute avec la plus grande attention...Comme il est bon,celui qui sait écouter avec tout son coeur !
       Ce moment de confiance et d'estime que tu as eu à ce moment-là m'illumine encore...Mais si tu as pu me parler ainsi,c'est parce que ce soir -là,j'étais pleine de joie de vivre...Alors,toi aussi,tu pouvais croire en la vie...Nous étions comme deux vases communicants !


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  • -Parfois une accalmie ! Tu retrouves ta bonne humeur..On te retrouve,on reprend espoir...mais tu redeviens violent et nous prend au dépourvu...Tu bois,tu as touché à la drogue,peu de temps,je pense mais c'est certainement ce qui t'a rendu malade...
    -On te trouve une place à la plateforme humanitaire de la ville voisine.Le directeur est très gentil,je suis pleine d'espoir mais tu fugues à nouveau jusqu'à Marseille ..."Excuse-moi,me dis-tu au téléphone,j'avais besoin de prendre l'air"...Ensuite,tu y vas dix jours et tu arrêtes..
    -Tu t'inscris à des cours par correspondance,tu veux passer le bac.Pendant quelques jours,c'est le grand enthousiasme...Puis de nouveau,tu ne t'intéresses à rien...Tu pars cinq jours...Tu reviens...Tu repars ou tu te caches et jubiles de notre angoisse...
    -On t'appelle pour le service militaire.Tu dois te rendre à Lure.Je te conduis à la gare...Tu fais semblant de partir...Et nous te retrouvons à la maison,trois jours après...
    -Tu te réfugies à la maison de campagne pensant que les gendarmes te cherchent...Un soir,tu casses tout,mets le feu dans un coin.Toutes les peintures sont à refaire...
    -Tu fais un séjour de deux mois en hôpital psychiatrique...Grossière erreur !
    -Tu en sors pour aller dans un centre d'accueil dans la Loire...
    -Tu t'y acclimates tout doucement et de nouveau,l'armée t'appelle. Et de nouveau tu fugues...
    -Les gendarmes te retrouvent cinq semaines plus tard dans une maison habitée seulement l'été...Enfin 
    ils retrouvent ton corps...Tu ne fugueras plus !Tu es libre ! A quel prix !
    S6001341.JPG


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  • -Tu adorais dessiner:des personnages,surtout,en noir et blanc,toujours en mouvement,des guerriers surtout.
    -Tu voulais cacher cette trop grande sensibilié qui était la tienne et qui te permettait de saisir ce qui était à l'intérieur des autres.
    -L'année de CE2 fut pour toi catastrophique,tu étais en révolte contre ton père,ta moyenne a baissé de moitié,la directrice voulait que tu redoubles,la maîtresse n'était pas d'accord mais n'osait le dire...Finalement,tu passas dans la classe suivante.
    -Tu retrouvas des notes convenables et surtout de bons copains avec qui tu jouais bien.
    -J'évitais de te parler des devoirs et des leçons car cela ne servait à rien,ton dégoût de tout ce qui était scolaire était immense.
    -Ta scolarité cependanr s'est déroulé sans heurt jusqu'à la seconde.Là,tu arrivais presque à la moyenne,les professeurs ont jugé bon que tu redoubles et toi, tu n'as pas accepté.
    -Tu t'es retrouvé à redoubler dans la même classe avec plusieurs de tes bons copains.
    -Tu étais de plus en plus laconique,de plus en plus secret,avec des sautes d'humeur imprévues,mais je me sentais encore très proche de toi et sans trop d'inquiétude...Tout se passait assez bien avec tes frère et soeurs,il en serait de même pour toi.
    -Pensant que cela te serait bénéfique,je t'avais proposé de partir un an à l'étranger...Je  n'avais pas encore compris que partir au loin était beaucoup trop angoissant pour toi..
    -En février de cette année-là,un soir, tu n'es pas rentré du lycée...
    Seule,j'ai mené mon enquête..J'ai interrogé,j'ai cherché partout,au bout de  trois jours,j'ai obtenu une adresse possible...Je suis partie en voiture avec ton père et,miracle,vous étiez à déambuler,Malika et toi,d'un pas indécis,dans les rues de la ville...Nous vous avons ramenés...En fait,vous n'attendiez que çelà.....(Le jour de ton enterrement,je venais juste de rentrer à la maison quand le téléphone a sonné,c'était elle qui désirait avoir de tes nouvelles,elle ne savait rien,vous ne vous étiez pa s revus depuis...Et moi,je n'avais plus de voix pour  lui répondre...Pourquoi téléphonait-elle ,sans rien savoir,juste à ce moment -là?...Plusieurs de tes amis étaient là,ce jour-là,effondrés...Peu à peu tu avais commencé à les fuir et ils ne se doutaient de rien)
    -Après cette première fugue,tu n'as plus voulu retourner au lycée...J'avais cru bon,avec ton accord,de te changer de lycée à quelque trente kilomètres de chez nous...Je t'y conduisais le lundi et le jeudi matin (tu m'avais dit :dans une petite ville je serai plus tranquille) Cela a duré quelques semaines et tu n'as plus voulu y aller.Tu ne voulais rien,tu n'avais envie de rien,tu t'enlisais dans des marais invisibles.
    - Tu refusas d'aller voir un psychothérapeute "il te ferait accepter l'inacceptable"...Tu te sentais piégé...
    (à suivre)


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