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    "On entend le miel qui s'usine

    Dans la lavande en pleine fleur,

    la garrigue en pleine chaleur, 

    la pinède en pleine résine.

     

    Là-bas, nos carrés, nos trapèzes

    de blé, devignes, de semis,

    nos vastes herbages soumis

    Où le cheptel placide pèse.

     

    Voici le château qui médite

    Entre ses tilleuls déférents,

    Les platanes sur quatre rangs

    Escortant l'entrée interdite.

     

    Voici l'église bien campée,

    Dans son village bien assis,

    Les clos naïfs, les bois précis,

    La paix tracée à coups d'épée.

     

    Voici ma place dans l'Histoire,

    Mon haletant petit instant

    Dans les espaces éclatants

    De bien-être respiratoire.

     

    Au loin la grand ville s'exalte

    Sous la pruine de l'été

    Et semble  tout à déguster

    Les émois d'une belle halte.

     

    Le siècle fait la chattemite,

    fourre ses griffes dans le foin,

    Y cache son regard chafoin

    Et ses ardeurs antisémites.

     

    La rivière a des gestes tendres

    Autour des biens incontestés

    Ici,  tout n'est qu'ordre et bonté.

    Dieu, d'en haut doit s'y laisser prendre."     Lucienne Desnoues

     

    Lucienne Desnoues est le pseudonyme de Lucienne Mogin, née Dietsch, poète.
    Petite-nièce du forgeron Desnoues qu’Alain-Fournier évoque dans Le Grand Meaulnes, elle est issue d'une famille de maraîchers et de charrons, vit son enfance à la campagne. Une certaine pauvreté la contraint d'arrêter ses études au Brevet élémentaire. Elle travaille comme secrétaire d’un avocat à Paris jusqu’à son mariage avec le poète et dramaturge belge Jean Mogin (fils de Norge) en 1947 qui l’amène à vivre à Bruxelles jusqu’en 1983.

     

     

     

     


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    L'ignorant

     

    Plus je vieillis et plus je crois en ignorance,

    plus j'ai vécu, moins je possède et moins je règne.

    Tout ce que j'ai, c'est un espace tout à tour,

    enneigé ou brillant, mais jamais habité.

    Où est le donateur, le guide, le gardien?

    Je me tiens dans ma chambre et d'abord je me tais,

    (le silence entre en serviteur mettre un peu d'ordre)

    et j'attends qu'un à un les mensonges s'écartent

    Que reste-t-il, que reste-t-il à ce mourant

    qui l'empêche de si bien mourir?

    Quelle force

    le fait parler entre ces quatre murs?

    Pourrai-je le savoir, moi l'ignare et l'inquiet?

    mais je l'entends vraiment qui parle, et sa parole

    pénètre avec le jour, encore que bien vague:

     

    "Comme le feu, l'amour n'établit sa clarté

    que sur la faute et la beauté des bois en cendres..."

                                       Philippe Jaccottet

     


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        Hymne à la beauté

     

    Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,

    O beauté? Ton regard, infernal et et divin,

    Verse confusément le bienfait et le crime,

    Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

     

    Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore:

    Tu répands des parfums comme un soir orageux;

    Tes baisers sont un filtre et ta bouche une amphore

    qui font le héros lâche et  l'enfant courageux

     

    .Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres?

    Le destin charmé suit tes jupons comme un chien;

    Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,

    Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien....

     

    Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe !

    O beauté ! Monstre énorme,  effrayant, ingénu,

    Si ton oeil, ton souris, ton pied ouvrent la porte

    D'un infini que j'aime et n'ai jamais connu.

     

    De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou sirène,

    Qu
    'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,

    Rythme
    , parfum, lueur, ô mon unique reine ! -

    L
    'univers moins hideux et les instants moins lourds ?
       Charles Baudelaire

     

     

     



     

     

     

     

     

     

     

     





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    Parler est facile, et tracer des mots sur la page,

    en règle générale, est généralement peu de chose :

    un ouvrage de dentellière, calfeutré, paisible,

    (on a pu même demander

    à la bougie une clarté plus douce, plus trompeuse),

    tous les mots sont écrits de la même encre,

    "fleur" et "peur" sont presque pareils,

    et j'aurai beau répéter"sang" du haut en bas

    de la page, elle n'en sera pas tâchée,

    ni moi  blessé.

     

    Aussi arrive-t-il qu'on prenne ce jeu en horreur,

    qu'on ne comprenne pas ce qu'on a voulu faire

    en y jouant au lieu de se risquer dehors

    et de faire meilleur usage de ses mains.

     

    Cela,

    c'est quand on ne peut plus se dérober à la douleur,

    qu'elle ressemble à quelqu'un qui approche

    en déchirant les brumes dont on s'enveloppe,

    abattant un à un les obstacles, traversant

    la distance de plus en plus faible - si près soudain

    qu'on ne voit plus que son mufle le plus large

    que le ciel .

     

    Parler alors semble mensonge, ou pire  ; lâche

    insulte à la douleur, et gaspillage

    du peu de temps et de forces qui nous restent.

                                    Philippe Jaccottet (A la lumière d'hiver)


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  • Je m'évade

    toujours je m'évade

    et plus je m'évade

    et plus je me sens prisonnière...

     

    Suis-je ici ou suis-je là?

    Je ne le sais pas.

    Je ne me retrouve plus...

     

    Mes évasions m'enchaînent

    me font perdre le Nord...

    Quand saurai-je rester là où mon corps s'est posé?

    Quand saurai-je savourer ce qui m'est donné?

     

    Je m'évade,

    je m'égare,

    je m'affole,

    je batifole.

     

    Lorsque j'étais enfant,

    s'évader c'était vivre,

    c'était oublier

    que tout ce qui donne envie de vivre était interdit.

    Chanter, danser, crier, découvrir,cela n'était pas pour moi.

    J'avais
    besoin de ces paradis artificiels

    pour garder le goût de vivre

    et je m'évadais dans mes rêves.

     

    Mais, à présent, pourquoi cette errance

    qui me plonge dans le brouillard?

    Si je m'évade si continuellement,

    ce n'est pas pour décoller de la réalité,

    c'est, au contraire, pour la découvrir

    et la vivre dans sa plus juste profondeur.

     

    Mais sans doute vaut-il mieux,

    vivre l'instant présent

    pleinement et simplement.


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