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    Moi, je veux bien jouer avec les masques


    Je veux bien les dessiner,  les peindre ou les colorier

    je veux bien les découper, moi,

    mais les mettre sur ma figure

    pour qu'ils me défigurent

    Non, moi, je ne le veux pas.

             Moi, je veux être moi

             seulement moi,

             entièrement moi.

     

    Mais ce n'est pas si facile.

    Il est des masques qui ont belle allure

    et qui vont si bien sur ma figure

    que je les prends pour mon vrai moi

    Et c'est à regret que je les envoie

    tournoyer dans la froidure.

     

    Un masque ne peut être qu'une rature.

    Au mieux, il masquera mes blessures.

    Alors, sur mon visage, je n'en veux pas.

    Mais, moi, je veux bien jouer avec les masques.

    Seulement jouer

    Moi, je veux bien.


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  • Dans la rue

     

    Je vis dans la rue,
    Je partage mes journées,
    Entre le passage et la vitrine,
    Sous la pluie battante, glaciale,
    Sous le ciel noir, sombre ou étoilé.

    Je vis dans la rue,
    J’observe les passants,
    Sans cesse, se hâter, se presser,
    Tels des machines, mises en marche,
    Tels des automates, agités et bruyants.

    Je vis dans la rue,
    Je deviens une ombre,
    Devant cette arche cambrée,
    Avec pour toit, le vieux portique,
    Avec pour couche gelée, le marbre.

    Je vis dans la rue,
    Je vois leurs questions,
    Sans jamais s’arrêter et parler,
    Toujours prompts à juger sans jauger,
    Toujours afficher cette même affection.

    Je vis dans la rue,
    Je survis à l’indifférence,
    Avec pour seul ami, cet éclatant néon,
    Pour seul bagage, ce grand chariot vide,
    Pour toujours, rompre et briser le silence.

    Je vis dans la rue,
    J’ai oublié cette folie,
    Sans vraiment l’avoir apprivoisée,
    Ce cordial mal-être me tient compagnie,
    Cet intime malaise, devenu comme un ami.

    Je vis dans la rue,
    Je reviens de loin,
    Dans ce petit coin, à l’abri,
    Ici, je vis un peu, je suis presqu’en liberté,
    Là, j’existe un peu, je suis quasi un témoin.

    Nashmia Noormohamed, 2016


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    Chaleur  de Charles -Ferdinand Ramuz

     

    "L'ombre du tilleul tourne dans la cour.

    La fontaine fait un bruit de tambour.

     

    Un oiseau s'envole du poirier ; le mur

    brûle ; sur le toit brun et rouge,

    La fumée d'un feu de bois bouge

    contre le ciel tellement bleu qu'il est obscur.

     

    On n'entend pas un bruit dans les champs ;

    personne n'est en vue sur la route ;

    seules dans les poulaillers, les poules

    gloussent encore , de temps en temps.

     

    Puis plus rien qu'un arbre qui penche,

    dans l'opacité de ses branches,

    avec son ombre de côté,

    comme sous un poids qui l'accable ;

    et cet autre se laisse aller

    en avant , comme un dormeur

    qui a les coudes sur la table."


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  •    Quand j'ai reçu le mail de Lady Marianne nous disant que le thème proposé ce mardi était l'orage, j'ai tout de suite pensé à ce poème de Marie Noël qui nous parle d'un orage intérieur;  poème que je ne connais que par l'adaptation chantée que Philippe Forcioli...Je l'ai entendu chanter sur scène lors d'un de ses concerts dans la région et c'était vraiment foudroyant...

    Alors j'ai re-écouté le CD pour transcrire les paroles et malheureusement, il y a un petit bout de phrase que je n'ai pas su bien entendre et des points de suspension remplacent les mots manquants

     

    Bataille de Marie Noêl (Chants de la Merci)

    " Et me voilà gisant et je ne suis pas mort

    La douleur m'a jeté, garrotté dans sa forge.

    La douleur s'est ruée entre mes os disjoints

    En vain me débattant je l'ai mordue au poing

    Longtemps elle a tenté de me broyer la tête.

    Elle m'a retourné les deux yeux à l'envers

    Pour m'empêcher d'y voir elle a tordu mes nerfs

    Pour m'étrangler comme des cordes à ma gorge.

    Et me voilà gisant et je ne suis pas mort

    Prends garde à toi douleur, à peine est-ce une trêve

    Prends garde à toi douleur, déjà je me relève

    Prends garde à toi, demain je serai le plus fort

    Prends garde à toi, je t'empoignerai par les ailes

    Je te les casserai comme un bout de bois sec

    Et les petits enfants s'amuseront avec.

    Je te les briserai ces deux poignets rebelles

    Et partout où j'irai, tu iras me suivant

    Aussi loin qu'à mon gré je voudrai t'y contraindre

    Et les maisons la nuit t'écouteront te plaindre

    Comme un aigle blessé qui lutte avec  le vent.

    Je brûlerai tes yeux pour éclairer mon livre

    Je marcherai sur toi comme sur un chemin.

    Ton sang, j'en ferai boire à tout le genre humain

    Et je le lui servirai jusqu'à ce qu'il soit ivre.

    Pour m'élever au ciel, j'irai pas à pas

    jusqu'à faire les degrés d'une échelle vivante.

    Je te commanderai, tu seras ma servante.

    Et quand je te crierai: saute, tu sauteras.

    Prends garde à toi, douleur, à peine est-ce une trêve

    Prends garde à toi, douleur, déjà je me relève.

    Prends garde à toi, demain je serai le plus fort.

     


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    Printemps, printemps, où es-tu passé ?

    J'ai beau te chercher

    J'ai beau voir tes fleurs border les talus,

    s'épanouir dans les jardins,

    dans les vergers.

    En moi, c'est toujours l'hiver,

    c'est toujours le froid  et la raideur.

    En moi rien ne ressuscite.

    Où dois-je te chercher?

    Où est la clé?

    Quel mot, quel geste, quelle offrande

    dois-je déposer à tes pieds

    pour que tu consentes à m'habiter?


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