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    Pipe

    Le chemin qui mène aux étoiles

    Est pur sans ombre et sans clarté.

    J'ai marché mais nul geste pâle

    n'atténuait la voix lactée

     

    Souvent pour nouer leurs sandales

    Ou pour cueillir des fleurs athées

    Loin des vérités sidérales

    Ceux de ma troupe s'arrêtaient

     

    Et des coeurs porphyrogénètes

    S'agenouillaient ingénument

    C'étaient des saints et des poètes

     

    Egarés dans le firmament

    J'étais guidé par la chouette

    Et n'ai fait aucun mouvement

     

    Guillaume Apollinaire (Le guetteur mélancolique)

     

    Ce poème a été mis en musique par Philippe Forcioli (entre autres)


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    " Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires

    dans les années de sécheresse

    quand le blé ne monte pas plus haut

    qu'une oreille dans l'herbe

    qui écoute apeurée la grande voix du temps.

     

    Je t'attendais

    et tous les quais, toutes les routes

    ont retenti du pas brûlant

    qui s'en allait vers toi

    que je portais déjà sur mes épaules

    comme une douce pluie qui ne sèche jamais;

    Tu ne remuais que par quelques paupières

    quelques pattes d'oiseau

    dans les vitres gelées.

    Je ne voyais en toi que cette solitude

    qui posait ses deux mains de feuilles

    sur mon cou.

     

    Et pourtant

    c'était toi dans le clair de ma vie

    ce grand tapage matinal qui m'éveillait

    tous mes oiseaux, tous mes pays, ces astres, ces millions d'astres

    qui se levaient.

     

    Que tu parlais bien

    quand toutes les fenêtres

    pétillaient dans le soir

    ainsi qu'un vin nouveau.

    Tu venais de si loin derrière ton visage

    que je ne savais plus, à chaque battement

    si mon coeur durerait

    jusqu'au temps de toi-même

    où tu serais en moi

    plus forte que mon sang. "         René-Guy Cadou


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    " Voyageur, le chemin

    sont les traces de tes pas

    c'est tout ; voyageur,

    il n'y a pas de chemin

    le chemin se fait en marchant.

     

    Le chemin se fait en marchant

    et quand on tourne les yeux en arrière

    on voit le sentier que jamais

    on ne doit à nouveau fouler.

    Voyageur, il n'est pas de chemin,

    rien que des sillages sur la mer.

     

    Antonio Machado

     

     


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    " Que déjà je me lève en ce matin d'été

    Sans regretter longtemps la nuit et le repos,

     

    Que déjà je me lève

    Et que j'ai cette envie d'eau froide

    Pour ma nuque et mon visage,

     

    Que je regarde avec envie

    L'abeille en grand travail

    Et que je la comprenne,

     

    Que déjà je me lève et voie le buis,

    Qui probablement travaille autant que l'abeille

    Et que j'en sois content,

     

    Que je me sois levé au-devant de la lumière

    Et que je sache : la journée est à ouvrir,

     

                 Déjà, c'est victoire."

             

    Guillevic

     


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    " J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.

    Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
    De vers, de billets doux, de procès, de romances,
    Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
    Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
    C'est une pyramide, un immense caveau,
    Qui contient plus de morts que la fosse commune.
    - Je suis un cimetière abhorré de la lune,
    Où comme des remords se traînent de longs vers
    Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
    Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
    Où gît tout un fouillis de modes surannées,
    Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
    Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.

    Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
    Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
    L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
    Prend les proportions de l'immortalité.
    - Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !
    Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
    Assoupi dans le fond d'un Saharah brumeux ;
    Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
    Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
    Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche. "   Baudelaire


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