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    Dites-lui par les tuyaux
    Qu’ils n’auront pas notre peau

    L’âme ça n’a pas de tête
    A couteau ni à courbette

    Que dans tous les coins obscurs
    Son nom a gravé les murs

    Qu’ils ont cette peur étrange
    Que tous les destins s’échangent

    Taulards des six cents cachots
    Ce matin le ciel est beau

    Ils savent qu’on les regarde
    Qu’ils ont la gueule blafarde

    Taulards des six cents cachots
    Approchez-vous des barreaux

    On va gâcher leur aurore
    Nous frérots on vit encore

    Que la honte dégouline
    Dans la cour aux guillotines

    Taulards des six cents cachots
    On dira le dernier mot

                                             Louis Calaferte


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  •                                     CREDO

     

    Je crois en ceux qui marchent

    à pas nus

    face à la nuit.

     

    Je crois en ceux qui doutent

    et face à leur doute

    marchent.

     

    Je crois en la beauté oui

    parce qu'elle me vient des autres.

     

    Je crois au soleil au poisson

    à la feuille qui tremble

    et puis meurt

    en elle je crois encore

    après sa mort.

     

    Je crois en celui

    qui n'a de patrie

    que dans le chant des hommes.

     

    Et je crois qu'on aime la vie

    comme on lutte

    à bras le corps.

     

    Jean-Pierre Siméon

    (Sans frontières fixes)


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                            Temps béni

     

    C'est ce qu'on appelle

    un temps délicieux

    un soleil léger

    cuit à point

    une brise légère

    salée juste

    un océan pur

    un horizon droit;

    Au milieu de ça

    un homme invisible

    qui ne se voit pas

    qui ne se sent pas

    qui n'a plus de poids.

     

    Cet homme sans corps

    à peine frôlé d'âme

    aujourd'hui c'est moi

    et j'entends la vie

    qui glisse éternelle

    entre mes vingt doigts.

     

                                Pierre Boujut


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    "Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;
    Le dernier de vous tous est parti sur la mer.
    Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
    Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.

    La mer vous a rendus à votre destinée,
    Au-delà du rivage où s'arrêtent nos pas.
    Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;
    Il vous faut des lointains que je ne connais pas

    Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.
    Le souffle qui vous grise emplit mon cœur d'effroi,
    Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,
    Car j'ai de grands départs inassouvis en moi.
    "

               Jean de La Ville de Mirmont


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    Quand vous serez tout simplement là, lancées dans notre monde, dressées sur notre planète rocheuse ; prenez soin de vos âmes, suivez le meilleur du présent, oubliez le temps sur le fil au-dessus du néant.  
     
    J’entends sonner les secondes. Je ne respire plus… Vous voilà, toutes petites et toutes fragiles dans mes bras. 
     
    Depuis, j’ai beau faire, j’ai beau ne pas faire : toutes mes sensations dépendent des vôtres. Je suis comme cette branche que le vent courbe, que la lumière éclaire.  
     
    Bonheur de ne plus être seul depuis votre naissance.  
     
    […] 
     
    Chaque jour est un appel, une révélation. 
     
    Chaque jour s’enflamme dans le moindre pli du ciel, dans un fragment de lune, n’importe où et même maintenant quand les nuages font les gros yeux aux étoiles de mer. 
     
    Et c’est toujours à vous qu’ils s’adressent ces oiseaux, ces arbres, ces fleurs et ce lièvre qui, sous une rafale de pluie, traverse le chemin. C’est pour vous qu’ils amassent du soleil pour l’hiver, ces feux d’écume sur les plages. 
     
    Maintenant un rayon de soleil touche la fenêtre, vous dormez encore. 
     
    Près des vagues hautes, sous le regard avide des mouettes, des marins déplient les filets. Les poissons aux écailles fragiles se nourrissent de légendes.  
     
    Au loin, quand les cloches d’une église sonnent, quelqu’un qui était très malade ressuscite dans une chambre. Une barque prolonge l’ombre d’un saule sur la rivière. Une rose prononce un vœu sur la cendre. Un homme et une femme, se tenant par la main, s’engagent dans une ruelle pleine de hasard. Toutes les fontaines se mettent à fredonner dans toutes les villes du monde.  
     
     
    Pascal Boulanger, Un ciel ouvert en toutes saisons, Le Corridor bleu, 2010, pp. 11 et


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