• Je vais à une conférence...Devant moi, un couple ...Je suis sûre qu'ils vont  eux aussi au même endroit que moi...La douleur trouble leur regard, elle marque leur visage,leur dos, leur démarche,...Tenir debout semble leur demander un gros effort..Nous rentrons, je les perds de vue...Annick Ernoult, la conférencière commence...Elle vient parler du deuil, de l'absence..Elle sait de quoi elle parle : sa fille est morte d'un cancer à sept ans..Elle a écrit un livre :"apprivoiser l'absence", elle a créé une association du même nom et elle a intitulé cette conférence débat: "Après la mort de son enfant, survivre ou revivre?"
    Son exposé est clair, simple et pourtant riche de toute  son expérience et de celles des centaines de personnes qui se sont confiées à elles...Ensuite, les personnes qui désirent s'exprimer ou poser des questions prennent la parole...
    Et voilà que j'entends  quelqu'un parler d'une voix ferme et assurée..C'est la dame que j'ai aperçue en arrivant...Son visage a rajeuni, elle n'est plus dans l'accablement comme tout à l'heure..Se trouver dans un lieu amical l'a ranimée..Ici, elle peut être entendue et comprise..Et elle dit que ce qui la maintient vivante, c'est de ressentir la présence de son enfant , elle dit que cette présence, on ne peut pas lui l'enlever..Mais elle ne peut pas dire ça n'importe où, sinon, on la prend pour une illuminée...
    Voilà quelqu'un qui a su apprivoiser l'absence...Transformer cette absence en une présence intérieure...La douleur est toujours là mais elle ne nous détruit plus et comme le dit Christian Bobin (et c'est par ces mots-là que la conférencière  a clos le débat)
    "Ton rire me manque.
    On peut se laisser dépérir par le manque. On peut aussi y trouver un surcroît de vie"


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  •   Sept décembre
    Ce n'est pas un jour ordinaire
    c'est un jour anniversaire.
    Nous l'avons fêté, cette année, avec un jour d'avance
    avec deux couples amis
    qui, en ce début décembre,
    nous réservent toujours un jour ou une soirée.

    Sept décembre
    c'est le jour anniversaire
    de notre fils,
    le plus jeune,
    le jour de son arrivée sur terre
    et le jour de son départ,
    dix-neuf ans plus tard...
    Il aurait pu attendre encore un peu...
    mais ainsi est la vie
    fugace, éphémère, tragique
    et cependant terriblement belle....
    Et chaque fois qu'une joie nous arrive,
    je me dis que je dois la vivre pour deux
    puisqu'il n'est plus là pour s'en réjouir...
    Oui, je l'entends qui me dit :vas-y, profites -en,
    ouvre tes yeux, ouvre ton coeur,
    ouvre-toi à la vie.
    Je l'ai quittée parce que je la voulais
    tellement plus belle  que ce que j'étais capable de vivre,
    alors vas-y...
    Et c'est vrai, j'aurais l'impression de le trahir,
    de le faire disparaître à nouveau
    si je faisais la fine bouche,
    si je ne tentais pas de cueillir
    tous ces petits bonheurs qui viennent à notre porte.
    Peut-être n'est-il venu sur cette terre que pour cela,
    pour nous dire que la vie est joie,joie et douleur mêlées
    mais joie tout de même.

    Et qu'on ne me dise pas que mon enfant, je l'ai perdu...
    J'ai toujours quatre enfants
     dont un qui n'habite plus son corps de chair et qui est donc invisible
    mais je ne peux pas perdre ce qui ne m'appartient pas
    et aucun être humain ne peut appartenir à un d'autre, fut-il son enfant.

    Ses retrouvailles, chaque année, ne sont pas tristes,
    elles sont chaleureuses
    et savoir que nous pouvons compter sur nos amis
    pour marquer cette date au sceau du souvenir
    est réconfortant et apaisant...
    Et la vie continue avec ses joies et ses peines.


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  • (à partir d'une berceuse de Marie Noêl)

    Soume soume ce soir
    mon ami sur sa couche
    Qui t'empêche d'entrer dans ton pays profond?
    Ce n'est qu'un amour
    qui là-haut tourne en rond?
    Ce n'est qu'un visage
    qui me relie à la terre.

    Soume soume ce soir
    Inconnu bercé sur un brancard
    Qui t'empêche d'enter dans ton pays profond?
    C'est une espérance
    qui ritournelle dans ma tête;
    c'est un rêve d'enfance
    qu'il me faut réaliser.

    Soume soume ce soir
    vieillard à qui la vie a tout pris
    Qui t'empêche d'entrer dans ton pays profond?
    C'est une espérance
    qui ritournelle dans ma tête.
    C'est un rêve d'enfance
    qu'il me faut réaliser.

    Soume soume ce soir
    vieillard à qui la vie a tout pris
    Qui t'empêche d'entrer dans ton pays profond?
    C'est une revanche
    que je me suis promis de gagner.
    C'est une vengeance
    qu'il me faut exécuter;

    Soume soume ce soir
    homme qui agonise sur la route
    Qui t'empêche d'entrer dans ton pays profond?
    C'est une toile qui attend
    une touche de couleur
    C'est un poème que je n'ai pas achevé.

    Soume soume ce soir
    Coupez les liens qui vous attachent
    Et laissez-vous couler dans le pays profond


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  • Sept décembre
    Jour cher entre tous
    Jour de la naissance de mon plus jeune fils et jour aussi,dix-neuf ans plus tard,de sa mort, de son envolée vers un ailleurs insaisissable;..comme chaque année,nos amis se sont réunis avec nous...Son absence nous unit et la vie continue...C'est lui qui m'incite à être plus attentive à ceux qui sont dans le manque

    Ce passage de James Sacré dans'"Une petite fille silencieuse" me parle de lui
    "Tu n'apparais pas bien sûr dans tous les paysages.

    Mais à l'occasion te voilà dans n'importe lequel d'entre eux.

    Apparaître n'est d'ailleurs pas le mot qui convient.

    Presque toujours c'est à cause de quelque chose d'un peu vif :

    une déchirure du bleu entre les toits,

    ou l'ensoleillement brusque d'un immeuble alors qu'il va pleuvoir.

    Une sorter de bonheur se mêle à la plus grande présence des choses.

    Je ne peux pourtant pas dire que tu sois là.

    Mais c'est comme si tu m'avais quitté il y a un instant,

    ou bien je t'imagine restée seule à la maison."


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    • Bien que l'ayant déjà fait,l'envie me prend de répondre au tag de Christelyne et il se trouve  que,par hasard,j'ai dans les mains le livre de Marie de Hennezel "Mourir les yeux ouverts"...Je le parcours à nouveau mais plutôt que de prendre la page 123,je préfère choisir moi-même le passage que j'ai envie de partager avec vous...Parfois,les règles sont faites pour être contournées
    • "S'il y a une liberté à anticiper  sa mort,à en choisir l'heure,s'il y a une dignité à refuser sa propre déchéance,il y a une liberté et une dignité encore plus fortes et plus belles dans l'acceptation les yeux ouverts du réel.Un apprentissage non pas de la mort mais de la vie.Une paix transmise aux vivants,un rayonnement qui les porte.Les derniers moments d'un être aimé peuvent être l'occasion d'aller le plus loin possible  avec cette personne,dans une profondeur parfois encore jamais atteinte.On croit tout connaître de l'autre,et voilà que dans ces moments ultimes,on découvre ce que l'on n'aurait jamais imaginé découvrir,des trésors d'humanité.Malgré les ravages de la maladie ou de la vieillesse,l'être humain n'a jamais dit son dernier mot"

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