• Elle est venue me voir cette nuit.

     

    Aucune parole.

     

    Elle ne pouvait plus parler les dernières années de sa vie.

     

    Aucune parole mais ses yeux parlent,

    ils parlent juste,

    ils parlent vrai,

    ils disent cette tristesse sans nom qui l'habite, qui ne la quitte plus;

    ils disent son regret d'être passée à côté de l'essentiel.

     

    Et moi je me réveille sur cette rencontre.

    Et je pense d'abord que c'est trop tard puisqu'elle n'est plus là.

    Mais non, il n'est jamais trop tard:

    les liens demeurent qu'on le veuille ou non...

    Les liens demeurent

    Et s'ils sont mal vécus, ils empoisonnent la vie de ceux qui les suivent...

    Et ceux-là se sentent ligotés, emprisonnés par un tas de noeuds...

    où ils se perdent, où ils s'enserrent,

    et le cercle de la mal vie s'étend d'âge en âge...

    Elle est triste, elle voit bien que ceux qu'elle aime se débattent dans les mêmes problèmes.

    Et elle attend, sans un mot, que l'étau qui les empêche d'aimer, que les liens qui les ligotent se desserrent et qu'enfin ils puissent vivre, libres et fiers.

     

    Alors la tristesse qui l'habite Se diluera comme neige au soleil et elle aussi poursuivra sa route...

    A mon tour, je la regarde profondément....

    Long est le chemin mais de belles petites fleurs peuvent surgir  soudain et nous aider à avancer

    Et comme le dit le poète Amado, chacun de nos pas construit le chemin.


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  • f-vrier-2008-029.jpg

     

     

    "Nous ne guérissons jamais seuls.

    Nous portons avec nous ceux qui nous ont précédés et ceux qui nous succèderont.

    Nous transmettons à notre insu bien des histoires du passé.

    Peut-être devons-nous porter en nous tous nos morts tant qu'ils n'ont pas trouvé, dans la mort, le chemin de la Vie?

    L'oublier, les oublier est sans doute l'un des plus grands sacrilèges de notre monde.

    Nous ne savons plus accueillir ni la vie ni la mort"

                      

                                            Charlotte Joussaume (Le silence est ma joie)


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  • 1-juillet-2007-039.jpg

    Je rencontre Janine H. qui me prête une revue            

    et c'est Christiane Singer qui est à l'honneur dans ce numéro,Christiane qui est morte le 4 avril  2007

    J'ai eu le grand bonheur de la rencontrer à deux reprises...Certes,je la connaissais  déjà à travers ses livres,mais rencontrer quelqu'un en chair et en os,c'est autre chose...

    Pourtant elle m'est apparue exactement comme je l'imaginais:simple,attentive,lumineuse,passionnée..

    C'était à Vence,près de la chapelle Matisse : nous étions une vingtaine réunies autour de Christiane,chacun pouvait parler de ce qui lui tenait à coeur,il n'y avait pas de thème déterminé pour cette rencontre,et pourtant,il se trouvait que plusieurs personnes avaient vécu le deuil d'un enfant...Je les  écoutais,sans rien dire,j'ai beaucoup de peine à parler dans un groupe...A la fin de la rencontre,le troisième jour,Christiane a invité chacun à exprimer par quelques mots ce qu'il avait vécu au sein de ce groupe et quand vint mon tour,à ma grande surprise,j'ai parlé de mon fils mort à 19 ans..Comment ai-je pu en parler,je ne le comprends pas encore...

    Comme c'était l'heure du repas, Christiane m'a proposé de nous rejoindre un peu plus tard pour que je puisse aller jusqu'au bout de ce que j'avais besoin de dire...Celà ne change rien à la réalité,me direz-vous...Eh bien si ! Elle m'a écouté pendant une heure avec une telle attention,une telle empathie...A un moment,elle m'a dit: il est avec nous et c'est exactement ce que je ressentais...Je suis repartie de Vence,le coeur allégé...L'amour est plus fort que la mort...

    Un peu plus tard,je lui envoyais une carte pour lui dire combien cette rencontre avait été riche pour moi.Elle m'a répondu,elle se souvenait très bien de ce moment...Pour elle aussi,c'était" un moment inoubliable...ensemble,nous avons porté ta détresse,bercé ton fils,et transformé tout ce passé en une source de vie"
    Je l'ai rencontée l'année suivante,pour un stage de 5 jours et j'avais bien l'intention de retourner la voir un jour...Mais non,il n'y aura plus de nouveau livre...mais peut-être une nouvelle rencontre, d'esprit à esprit, en relisant un de ses livres


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  • Je chanterai

    la joie

    que ta seule présence

    fait naître en moi.

     

    Je chanterai

    le soleil énorme

    qui irradie en moi

    quand tu n'es pas là

    simplement parce que

    je pense à toi.

     

    Je chanterai

    la douleur

     qui m'envahit

    quand je ne suis plus reliée à toi.

     

    Je chanterai

    les sourires joyeux

    qui naissent dans tes yeux.

    Je chanterai

    pour alléger ta peine .

     

    2010NOVEMBRE 013

     

    Je chanterai

    encore et toujours.

     

    Je parlerai de toi

    pour que ton absence

    devienne présence.

     

    Je parlerai de toi

    pour briser

    le silence.

     

    Je parlerai de toi

    pour parler vrai .

     

    Je parlerai

    de toi

    parce que tu es là

    mon invisible.


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  • Sept décembre

    c'est le jour où j'ai mis au monde mon plus jeune enfant

    Sept décembre

    c'est le jour où il est mort  dix-neuf ans plus tard.

     

    Et cette année, comme chaque année, nous fêterons son anniversaire avec deux couples amis un soir de décembre

    car il est toujours avec nous ,invisible mais présent.

     

     

    img041.jpg

                                                           Gérard Zilberman

     

     

    ""Et vous les morts, où êtes-vous? Disséminés peut-être dans l'impalpable lumière, comme un pollen répandu par quelque souffle ? Naviguez-vous dans l'or de cet automne finissant, libres de toute attache, aussi volatiles qu'un e odeur d'herbe et de feuille? Est-ce ainsi que la terre se décharge du poids de vos trop nombreux corps enfouis dans son silence? (L'ombre et l'éclat)

     

    "Ne sommes-nous que des relais? Est-ce que j'entends les merles pour toi...Je recueille les chants d'oiseaux avec la plus grande attention, parce que leur écoute te prolonge...Si ma conscience est assez dilatée, alors elle s'agrandit de la tienne, et ton absence au monde semble moins triste"   (Le carré du ciel)

     

                                           Françoise Ascal

    Après avoir longtemps pratiqué la poterie, Françoise Ascal a commencé à écrire, tout en animant un atelier dans  un centre de handicapés. Atravers ses différentes activités, dit-elle," c'est toujours la même recherche de l'indicible et de l'énigme"


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