• Jacques  Lusseyran

    Devenu aveugle à 8 ans, 

    A 18 ans il devient résistant,

    Il est déporté au camp de Buchenwald entre janvier 44 et mai 45,

    puis professeur de littérature dans une université américaine,

    Ses livres sont des chants d'amour à la vie.

    Voici quelques extraits de son dernier livre "Conversation amoureuse"

     

    "Pourquoi les hommes parlent-ils de posséder les femmes?

    La possession est un suicide. Même pas. La possession ne peut pas avoir lieu. Cen'est qu'une idée, une pauvre idée.

    Et pourquoi vouloir posséder alors qu'il y a tant à découvrir?"

     

    "Oui, j'ai su que ce n'était pas elle; Je l'ai su dès les premières heures, mais je m'en suis réjoui. tout l'amour que j'allais donner, j'allais le donner malgré moi. Je le donnerais enfin à un autre. tout ce que je ne comprenais pas en elle, tout ce qui jurait avec moi, cela ne serait pas une garantie de bonheur. Mais du bonheur, je m'en moquais bien. Soudain, je préférais le travail."

     

    "...J'ai cru que je la changerais.

    C'est l'enfer dans l'amour. Il faut s'en garder comme de l'enfer. C'est d'autant plus lui que cette croyance, elle ressemble

    diaboliquement à l'amour. tous les êtres s'y trompent, presque tous. J'ai eu très mal. J'ai fait du mal aussi. J'avais des excuses. Mais c'est quand on a le plus d'excuses qu'on en a le moins.car c'est toujours nous qui nous excusons. La vie, jamais."

     

    "Il ne faut jamais vivre à la place d'un autre. Il ne faut même pas essayer. Même pour le tirer du malheur, même pour le consoler, il ne faut jamais s'oublier soi-même. Ce n'est pas l'amour de soi qui le veut : c'est l'amour. On a ses rêves, son rythme. On a même ses délires. Il faut les garder. Et que l'autre ait les siens- pourquoi pas - mais les siens. Il ne faut pas s'adapter. Et jamais, il ne faut jamais faire sa vie comme l'autre la veut."

     


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  • Le personnage principal de ce livre  se trouve en convalescence quelques jours dans une maison de repos et une vieille dame la regarde avidement et elle comprend que  cette vieille dame a besoin intensément de parler, qu'elle se sent très seule ...Et elle l'écoute...Et elle décide de faire de même  pour d'autres et d'écrire  pour que d'autres puissent comprendre, en la lisant ce que vivent ces personnes âgées et solitaires

     

     

    " Et si elle écrivait sur tous ces vieux, comme la vieille dame de la grande maison, qu'elle avait déjà rencontrés ? Elle pourrait leur donner la parole et ils témoigneraient ce que c'est la vie quand on n'a plus de chez-soi, plus d'autonomie, plus de famille, plus de santé et qu'on ne dit plus jamais plus tard..."

    Marie Gillet (in "Avec la vieille dame", éditions L'Harmattan, p. 38  

     

     J'ai beaucoup aimé ce livre   si authentique, si touchant...

    L'auteur ou le personnage principal, il nous semble qu'elle est à côté de nous...

    Elle nous fait partager ses rencontres, ses inquiètudes, c'est comme si on était dans sa tête, dans son coeur et dans la tête et le coeur des personnes dont elle nous parle, comme si on devenait elles...Elle nous les fait découvrir dans leur plus intime vérité et l'on s'en trouve enrichi....

    Merci Marie !

     

     

    Avec la vieille dame


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  • C'est ainsi que commence le livre de Laurence Nobécourt : "Le chagrin des origines"

    Et je sens que c'est bien le livre que j'ai besoin de lire en ce moment.

     

                        "Je suis née du verbe sans rituel ni sermon. Je suis née de ces après-midi blanches où, retirée à ma table, au centre du temps, j'écris ce qui ne peut se dire ni se taire. Les yeux fermés, habitée de mots, je descends dans les profondeurs de moi-même, à l'écoute de ce qui, aux confins de la chair, tente de s'articuler par l'esprit .

       Mes pensées se roulent en boule tels des petits renards sauvages, ou  s'éloignent à la manière des hérons qui traversent le ciel et disparaissent comme des lignes d'encre dans un ciel diffus. Elles s'en vont loin. Je les perds, je me perds avec elles. Et ainsi je m'absente jusqu'à naître dans un autre monde, une réalité différente où surgissent d'autres pensées que je ne savais pas m'appartenir. Les mots me protègent en même temps qu'ils m'exposent. A cause des mots et, grâce à eux, je me sépare et je m'unis. Ils me séparent de l'arbre et me ramènent, par le mot "arbre" dans la solitude de ma chambre, à tous les arbres que j'ai connus; à celui-là même que j'ai aimé plus qu'aucun autre,aujourd'hui détruit et qui, pourtant, se montre tout à coup à ma table.

    Car l'écriture rend visible l'indicible, elle découvre le double fond, traque le secret, débusque le non-dit, dévoile cet outre-monde qui nous regarde par les fenêtres de la nuit. Par elle surgit tout ce qui fut perdu. Elle est miracle et je lui dois la vie."

                                         Laurence  Nobécourt


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    Paolo Rumiz a fait un voyage de 33 jours sur plus de 6000 km, à travers 10 pays, en bus, en train, en auto-stop, à pied, simplement muni d’un sac à dos de 6 kilos contenant le strict minimum : de quoi se vêtir et de quoi écrire. 

    Né en 1947 à Trieste, ville carrefour, à cheval entre l’occident et l’orient, aux premières loges des bouleversements géopolitiques des confins de l’Europe, Paolo Rumiz est parti à la recherche de la frontière...

    C’est donc un voyage intéressant , aux noms exotiques (Botnie, Livonie, Latgale, Polésie, Carélie, Courlande, Mazurie, Volhynie, Ruthénie, Podolie, Bucovine, Bessarabie, Dobrogée).

    Il y a dans l’écriture de Paolo Rumiz beaucoup de tendresse et de mélancolie par rapport à ces endroits qu’il traverse et ces personnages qu’il rencontre.

    Voici quelques citations:

    " En Russie, tant pis pour qui salue quelqu'un, s'il n'a pas quelques heures à lui consacrer, parce que ce quelqu'un répondra certainement à son salut et l'invitera à fraterniser"

     "Un jour, j'ai rencontré, dans un train, une aide à domicile de Smolensk qui, au bout de cinq minutes de dialogue, sans rien savoir de moi, m'a demandé si j'étais heureux. Et elle voulait vraiment le savoir, ce n'était pas une curiosité de pure forme."

    J'aime cette façon de voyager où l'on est plus en recherche de rencontres authentiques que de musées et de monuments prestigieux.

     


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  • Nathacha Appanah enchante la rentrée littéraire  avec "Le le ciel par-dessus le toit", son 10e roman

    Peut-on renaître de ses cendres ? C'est à cette question que répond Nathacha Appanah dans son très beau  roman, "Le ciel par-dessus le toit". 

    La romancière Nathacha Appanah, septembre 2016La romancière Nathacha Appanah, septembre 2016 (JOEL SAGET / AFP)

     

    Nathacha Appanah avait reçu avec Tropiques de la violence, le prix Roman France Télévisions en 2017

    Le ciel par-dessus le toit a été publié aux éditions Gallimard. La romancière mauricienne, qui écrit en français,

    y  raconte l'histoire d'Eliette, livrée à la convoitise des hommes par ses parents dans l'enfance. Arrivée à l'âge adulte,

    la jeune femme a tenté d'effacer les traumatismes en faisant table rase, jusqu'à se choisir un nouveau prénom, Phénix,

    pour mieux renaître de ses cendres. Mais peut-on vivre en occultant le passé ?

    L'histoire :  dans cette famille, il y a Eliette, alias Phenix, la mère. Paloma, la fille, et Loup, le fils. Loup a 17 ans.

    Il est en prison. Loup "n'est pas un garçon comme les autres, il faut l'avouer mais qu'est-ce qu'il a exactement,

    et qu'est-ce qu'il n'a pas précisément", sa mère ne le sait pas. Loup est en prison parce qu'il a pris la voiture

    de sa mère, et conduit (sans permis) toute la nuit pour aller retrouver sa sœur Paloma,

    qu'il n'a pas vue depuis dix ans. Comment Loup en est-il arrivé là ?

    Les blessures de l'enfance ont des effets irréversibles et provoquent, comme les tremblements de terre,

    des répliques incessantes sur les générations qui suivent. C'est ce que raconte en 125 pages ce roman,

    dont le titre a été emprunté à un poème de Verlaine publié dans le recueil Sagesses (1880),

    et que le poète a écrit pendant son incarcération en 1871 à la suite de son altercation avec Rimbaud. Un poème dans lequel il évoque les pensées qui l'occupent entre les quatre murs de sa prison.

    "Les murs qui entourent, qui séparent, qui aliènent"

    Comme Verlaine, Loup est enfermé. Il est bel est bien entre les quatre murs d'une prison, 

    N'est-ce pas plutôt en lui-même que ce garçon est reclus, victime d'une histoire qui l'a précédé ?

    "Toujours et encore, il y a les murs qui entourent, qui séparent, qui aliènent", nous dit-elle..

    Pendant que Phénix astique sa vaisselle, lui reviennent les souvenirs de son enfance, du temps où elle s'appelait

    encore Eliette, qu'elle était cette fillette d'une beauté sauvage dont les parents faisaient, sans penser à mal,

    une poupée chanteuse, habillée et maquillée comme une femme, livrée en pâture aux regards des hommes,

    jusqu'à ce que forcément, ça tourne mal. Ces pensées la ramènent aux racines, pleines de nœuds,

    qui emberlificotent son existence, et celle de ses deux enfants, Paloma et Loup, empêchant qu'entre ces trois-là

    la vie circule "normalement".    

    "Un endroit ouvert sur la mer, le ciel, et la terre"

    Alors, peut-on jamais voir "le ciel par-dessus le toit" ? Oui, nous souffle ce roman. "L'enfant pas comme les autres",

    celui qui ne peut pas se retenir de faire des rimes, trouve le moyen de briser les murs de la prison, parce que, dit-il,

    "parfois il faut savoir pour pouvoir continuer à vivre". Son acte de résistance, ouvre pour lui-même, pour sa mère

    et pour sa sœur, la porte sur "un endroit ouvert sur la mer, le ciel, et la terre".    Laurence Houot

    Couverture de \"Le ciel par-dessus le toit\", de Nathacha Appanah 

     

    J'ai beaucoup aimé ce livre, je viens à peine de le finir et j'ai déjà envie de le relire, je suis sûre que je n'ai pas saisi toute la beauté de l'écriture, la subtilité des émotions qui nous sont partagées. L'univers y est très sombre  et cependant l'espoir demeure

      

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