• "Lire est une vie  surnuméraire pour ceux à qui vivre ne suffit pas.

    Lire me tenait lieu de tous les liens qui me manquaient....

    dans les heures d'esseulement et d'abandon, comme dans les heures de solitude épanouie où dans celles où je jouissais d'une présence à mes côtés, lire fut toujours l'accompagnement - comme on dit en musique - indispensable.

     

    Lire est comme une rencontre amoureuse qui n'aurait pas de fin. Ici, pas d'arrachement, mais une succession sans rupture, voire une coexistence heureuse de liens multiples, durant parfois toute la vie. Cela commence par un coup de foudre pour un livre. alors je lis   tout de son auteur, j'aime tout de lui. Puis vient l'accomplissement de l'amour qu'est l'écriture. Ecrire, pour moi, veut dire élire un de ces compagnons de prédilection, un peu comme on se décide à s'engager dans une liaison qui durera des mois, voire des années, jusqu'à ce que son fruit arrive à terme.

     

    Mais écrire, c'est aussi s'engager dans une ascèse qui, d'ailleurs, comporte son plaisir propre. Il faut inventer à sa mesure, ses rythmes, ses rites, ses règles de vie, un cadre et une discipline, sans omettre de préserver la part due au lien avec les autres, car, dans l'ascétisme, il faut se garder des excès, tous les ascètes le savent. Roland Barthes l'a très bien vu, qui s'est longuement interrogé sur les modes de vie solitaires, l'aménagement des relations nécessaires avec les autres, qu'il souhaitait le plus légères possible afin de préserver le temps pour écrire, c'est à dire pour laisser la solitude s'épanouir" 

                                

                                                         Catherine Millot (O solitude, page 80, Gallimard)


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  •   "Aujourd'hui je ne sais quoi écrire. Il y a seulement un reste de bougie sur mon âme, que je n'ai pas la force d'allumer. Sur ma feuille il y a des idées, mais les idées sont des ruelles sombres et on ne sait pas où elles aboutissent.  Ma feuille se crispe,  elle veut être froissée, cacher son visage entre ses mains si frêles. elle veut fuir , comme une jeune mère qui laisse à Dieu son enfant devant la porte d'une église. N'écris pas, me dit l'écriture. si tu cherches le poème, tu ne le trouveras pas :  c'est timide un poème, ça se cache comme un simple d'esprit derrière un arbre ou sous le porche d'une église.  Cela vient tout seul à l'âme et ça se donne en toute humilité. Caresse les doux cheveux de ta pensée, ne cherche pas le poème : c'est lui qui viendra à toi, comme l'écureuil qui prend entre ses doigts une noisette."

                                      Jean-Marie Kerwich  (L'évangile du gitan)


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  • 30--mai-2007-004.jpg    

     

     En fait,non,c'est pour moi que j'écris,d'abord et avant tout pour moi,sans rien attendre d'autre que cette joie qui m'en est donnée...Et tant mieux si d'autres y trouvent leur bonheur,,si à mes mots un écho m'est donné,le partage est une joie en plus...

    Et tant pis ,si d'autres l'ignorent,celà n' a pas grande importance...L'important est de rester dans le mouvement,le jeu,la fluidité,dans la lumière...L'important est de retrouver l'élan naturel...laisser venir ce qui vient,sans prétention, sans jugement...vivre le moment présent dans la simple joie d'être...

    Ecrivant,je nourris la partie vive de moi-même...Celà accroît mon goût de vivre,n'est-ce pas déjà suffisant?


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  • "J'essaie d'être un homme désentravé.

    En ce sens,l'écriture est une mystique,une méthode que j'ai découverte en lisant Saint Jean de la Croix

    .L'écriture est un exercice spirituel,elle aide à devenir libre.

    Mais il faut d'abord en passer par la nuit obscure,pour reprendre les termes de Saint Jean...

    .La mienne aura duré  dix ans...

    Vous n'en sortez qu'à condition de renoncer à faire intervenir votre intelligence.

    C'est seulement lorsque l'écart entre l'être et le paraître s'amenuise,lorsque vous cessez de poser un regard sur vous-même,de faire le malin que vous pouvez commencer.

    Le but,c'est d'être le premier surpris,épaté même par ce que l'on a couché sur le papier...

    Je fais des phrases comme ma mère faisait du repassage.
                                                                                                                                     Jean Rouaud


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  •   "Un chant m'est né .Un coeur qui bat....un mouvement de mots, de syllabes qui, lointainement ébranlés, se groupent soudain comme pour une procession ou une danse sans me demander ordre ni conseil.

     

      C'est ici que j'entre en besogne. Ici que commence le jeu difficile : saisir le rythme, le fixer - sans l'arrêter - dans sa vie la plus libre, la plus pure, en le dépouillant de tout ce qui pourrait couper ou embarrasser sa ligne de vol.

      

     J'applique alors la règle d'or que mon père m'a donnée :"Ce que tu as dit en dix mots, tâche de le dire en sept. En trois si tu peux"."

                                  Marie Noël


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