• " Quand je vis, la vie me manque. Je la vois passer à ma fenêtre, elle tourne vers moi sa tête

    mais je n'entends pas ce qu'elle dit, elle passe trop vite. J'écris pour l'entendre.

      Quand je n'écris pas c'est que quelque chose en moi ne participe plus à la conversation des étoiles.

    Les arbres, eux, sont toujours dans un nonchalant état d'alerte. Les arbres, les bêtes ou les rivières.

    Les fleurs se hissent du menton jusqu'au soleil. Il n'y a pas une seule faute d'orthographe dans l'écriture  de

    la nature. Rien à corriger dans le ralenti de l'épervier aux zénith, dans les anecdotes colportées à bas bruit

    par les fleurs de la prairie, ou dans la main du vent agitant son théâtre d'ombres. A l'instant où j'écris,

    j'essaie de rejoindre tous ceux-là."

                             Christian Bobin (La grande vie page 90)

     

     


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    • Je retrouve ce texte dans un de mes carnets, je l'ai relevé ,, il y a plusieurs années...mais il me parle toujours toujours aussi vivement 

     

    " C'est au plus loin du monde que l'on écrit,

    c'est au plus proche de soi.

    C'est par voeu de solitude.

    C'est par amour de solitude.

     

    C'est pour respirer, tout simplement pour respirer.

     

    C'est pour se purifier chaque soir de ce que l'on a pu dire

    ou entendre dans la journée.

    Pour se délivrer du poids du monde.

    Celui qui se délivre contribue, ce faisant, à la délivrance de tous."

                                       Christian Bobin

                               (Préface de Air de solitude de Gustave Roud)

     


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  • Je lis ce passage qui m'interpelle.

     

    C'est dans le dernier livre de Charles DANTZIG: "A propos des chefs d'oeuvre" page 211

     

    " L'écriture des bons écrivains est une danse.

    D'une certaine façon, toute création est danse.

    La poésie est une danse, la littérature en génèral est une danse.

    La sculpture est une danse arrêtée.


    La parole est une danse sans corps.

    Puisque la danse est une expression sans parole, une sculpture en mouvement, une écriture avec des corps à la place des mots.

    Et les écrivains dansent, petit nombre enivré, entraînant parfois un plus grand nombre.

    Ce sont les moments heureux de l'humanité."

     

     

     

     

     

                                                                            

                                                 


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  •  

     

    Marie Noël

    venait de lire son célèbre poème "Quand il  est entré dans mon joli clos",

    et on lui demandait si elle travaillait ses vers, elle répondit :

     

      "Vous voulez savoir si je les ai  travaillés ,

    Oui, je les ai travaillés. Je ne fais jamis les choses d'un seul coup. Je trouve d'un seul coup. C'est une joie, quand ça m'arrive, absolument...

      Par exemple, quand ontrouve un champignon dans un pré, alors on est content, mais un champignon, cela ne fait pas un plat de champignons.Eh bien ! Un vers ou une strophe, cela ne fait pas un poème.

      Alors après, il faut s'arranger de façon à ce que le poème qu'on fera, la strophe qu'on finira, ne détruisent pas la chose originelle qui est la chose importante et c'est ça le gros travail !

      C'est d'arriver à mettre les mots les uns à côté des autres, qui n'enlévent pas la simplicité du début.

      Alors, il faut arracher toute la littérature, il faut enlever tous les mots qui sont trop jolis, qui adoucissent; Il ne faut garder qu'une seule chose : le mouvement !

      En avant, comme une balle de fusil, qui doit aller à son but."

     

    Pour ma part, j'aime beaucoup cette façon de décrire la part de l'inspiration et la part du travail qu'il y a dans tout poème


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  • "Ce besoin d'écrire,je le comprends aussi, je crois.

     

    C'est une autre façon de posséder, de tirer vers soi les choses par des mots et des images, de se les approprier ainsi.

    Voilà de quoi était fait jusqu'à présent mon besoin d'écrire : me cacher loin de tous avec tous les trésors que j'avais accumulés, noter tout cela, le retenir pour moi et en jouir.

     

    Et cette rage de possession - je ne trouve pas de meilleure formulation - vient brusquement de me quitter.

    Mille liens qui m'oppressaient sont rompus, je respire librement, je me sens forte et je porte sur toutes choses un regard radieux.

     

    Et puisque, désormais libre, je ne veux plus rien posséder, désormais tout m'appartient et ma richesse intérieure est immense. "       

     

                                                      Etty Hillesum (Journal page 23)


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