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                                         A la cime des arbres  de Philippe Forcioli

     

     

    A la cime des arbres

    je m'y plais

    juste à la pointe extrême

    d'un  cyprès.

     

     

    tout là-haut sans cordage

    ni piton

    le nez dans les nuages

    je tiens bon

    une hune comme à l'âge

    des bâteaux

    j'étudie le langage

    des oiseaux.

     

    Beaux oiseaux  petits frères

    de la  paix

    je prie dans vos prières

    de forêts

    des  marais des rivages

    des jardins

    oiseaux aux longs voyages

    hauts voisins

     

    les chemins de bitume

    m'ont usé

    eus-je un don de vos plumes

    pour oser

    rameuter des oreilles

    en chantant

    au ciel monts et merveilles

    coeur battant

     

    je suis né dans les pages

    d'un cahier

    écolier plutôt sage

    je songeais

    suis mort dans le feuillage

    mille fois

    à chercher mon visage

    croix de bois

     

     

    à la cime des arbres

    je vivrai

    enfant dans mes poèmes

    égaré

    juste à la pointe extrême

    d'un cyprès

     

    Philippe Forcioli (Routes de feuilles)

     

     


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                                                                                 Albert Besnard devant le portrait de sa femme (1905)

     


     

    Parmi ses nombreux portraits, on peut citer ceux de sa femme, de ses enfants (Une famille, 1890, Paris, musée d'Orsay), de la princesse Mathilde, de la comédienne Réjane, de Madame Georges Duruy, de Madame Henry Lerolle, d'Ernest Cognacq, de Marie-Louise Jaÿ, de Gabriele D'Annunzio, du cardinal Mercier, de Jean-Louis Vaudoyer, de Boni de Castellane, de Denys Cochin ou de Frantz Jourdain qui sera son premier biographe.

    Au Salon de 1886, son portrait de Madame Roger Jourdain annonce les caractéristiques de son art, influencé par l'impressionnisme

     

     

     

     

     

     

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    1886. Albert Besnard, peintre qui excelle dans l’art du portrait, dîne chez des amis. Alors que la nuit tombe, la maîtresse de maison madame Jourdain s’arrête un instant sur sa terrasse.

    À ce moment-là, elle se tient entre deux sources lumineuses : celle, très jaune, émise par les lampes, et la lueur plus froide de la lune. La peau de la jeune femme semble alors devenir jaune et bleue ! Besnard est subjugué et une idée germe en lui…

     

     

     

    Vous n'arrivez pas à voir les images ? Contactez-nous sur jean@artips.fr

     v

    Le peintre veut restituer ces effets lumineux aux teintes si particulières. Il exécute sans tarder le portrait de Madame Jourdain. Sous son pinceau, le visage de la dame se couvre de touches de peinture jaune et bleue.

    Très content du résultat, il s’exclame : "Ah, ça par exemple, si ce portrait ne plaît pas aux gens du monde, je veux bien être pendu !". Mais Besnard a parlé un peu trop vite...

    Il fut beaucoup critiqué par certains qui lui reprochaient des couleurs trop vives...Mais c'est ce portrait qui lui a donné le plus de célébrité.

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    Moi, je veux bien jouer avec les masques


    Je veux bien les dessiner,  les peindre ou les colorier

    je veux bien les découper, moi,

    mais les mettre sur ma figure

    pour qu'ils me défigurent

    Non, moi, je ne le veux pas.

             Moi, je veux être moi

             seulement moi,

             entièrement moi.

     

    Mais ce n'est pas si facile.

    Il est des masques qui ont belle allure

    et qui vont si bien sur ma figure

    que je les prends pour mon vrai moi

    Et c'est à regret que je les envoie

    tournoyer dans la froidure.

     

    Un masque ne peut être qu'une rature.

    Au mieux, il masquera mes blessures.

    Alors, sur mon visage, je n'en veux pas.

    Mais, moi, je veux bien jouer avec les masques.

    Seulement jouer

    Moi, je veux bien.


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  • Dans la rue

     

    Je vis dans la rue,
    Je partage mes journées,
    Entre le passage et la vitrine,
    Sous la pluie battante, glaciale,
    Sous le ciel noir, sombre ou étoilé.

    Je vis dans la rue,
    J’observe les passants,
    Sans cesse, se hâter, se presser,
    Tels des machines, mises en marche,
    Tels des automates, agités et bruyants.

    Je vis dans la rue,
    Je deviens une ombre,
    Devant cette arche cambrée,
    Avec pour toit, le vieux portique,
    Avec pour couche gelée, le marbre.

    Je vis dans la rue,
    Je vois leurs questions,
    Sans jamais s’arrêter et parler,
    Toujours prompts à juger sans jauger,
    Toujours afficher cette même affection.

    Je vis dans la rue,
    Je survis à l’indifférence,
    Avec pour seul ami, cet éclatant néon,
    Pour seul bagage, ce grand chariot vide,
    Pour toujours, rompre et briser le silence.

    Je vis dans la rue,
    J’ai oublié cette folie,
    Sans vraiment l’avoir apprivoisée,
    Ce cordial mal-être me tient compagnie,
    Cet intime malaise, devenu comme un ami.

    Je vis dans la rue,
    Je reviens de loin,
    Dans ce petit coin, à l’abri,
    Ici, je vis un peu, je suis presqu’en liberté,
    Là, j’existe un peu, je suis quasi un témoin.

    Nashmia Noormohamed, 2016


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    pas toute jeune,la belle, sur fond bleu de la chapelle "Notre Dame des neiges " dans la haute vallée de l' Ubaye.

     

     


    Jamais le facteur ne s’arrête
    Sauf quelques fois pour un journal
    À la hauteur de ce portail
    Où s’accroche une boîte aux lettres.

    Or, un matin, un samedi
    La boîte s’ouvre sur un nid,
    Sur le bec jaune des petits,
    Sur l’entonnoir de leur gosier ;

    Deux mésanges viennent d’écrire
    Et c’est sur la pointe des pieds
    Que le vieux couple pourra lire
    Les sept lettres de son courrier.

    Pierre Menanteau


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