• Ce qui arrivait à son corps

      cela ne la concernait pas

          ou si peu.

     

                            Elle n'habitait pas son corps.

    Elle savait bien qu'elle ne pouvait s'en séparer

    si elle voulait continuer à vivre sur cette terre.

    Mais ce corps , elle le traînait derrière elle

                           par une ficelle:

    c'est du moins ainsi qu'il lui semblait être;

     c'était lourd à traîner  et cela la rendait fragile....

                    Une ficelle c'est si vite coupé.

     

    Elle mit au monde des enfants

    et chaque fois il lui semblait

    qu'en donnant naissance à l'enfant,

    elle aussi venait au monde...

    Et son propre corps devenait une charge moins lourde.

     

    Enfin elle s'incarnait.

    Enfin ce corps  devenait appréciable.

    Et comme il semblait plus léger!

    Enfin corps, âme et esprit vivaient en alliance et harmonie

    Et elle pouvait savourer le parfum de la vie.


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  • A temps et à contretemps

    elle voulait donner.

    On pouvait la croire généreuse

    mais elle était pleine de ressentiment

    car elle ne pouvait pas recevoir,

    et pourtant c'est ce qu'elle attendait.

     

    c'était plus fort que son désir,

    c'était plus fort que son besoin,

    elle ne pouvait pas recevoir.

     

    Recevoir était trop dangereux,

    dès son enfance,

    elle avait été gavée

    de dons dangereux,

    de dons qui vous emprisonnaient,

    alors recevoir la terrorisait.


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  • Il y a un moment que nous ne nous sommes rencontrés.

    Elle vient vers nous avec un grand sourire.

    - Comment ça va ? lui demande-t-on

    Oh ! dit-elle, toujours souriante, il m'en est arrivé une drôle encore...

    (Elle a déjà eu d'assez gros soucis de santé à plusieurs reprises.)

    L'autre jour, j'ai téléphoné à mon docteur. Je lui ai dit:

    je ne peux pas venir vous voir, je tremble comme une feuille, j'ai de la fièvre.

    Alors, il est venu, il m'a dit : il était temps, si vous aviez tardé encore un peu, on aurait été obligés de vous opérer, il m'a donné un traitement et  comme mon fils arrivait juste à ce moment-là, il lui a dit: eh bien, vous allez être tranquille, pendant 48 heures, elle ne va pas bouger....Et c'est vrai, pendant deux jours, j'étais bien incapable de bouger....Qu'est ce que j'ai dégusté!  C'est vraiment très douloureux, une inflammation de l'intestin...Et elle continuait de sourire tout en disant cela, comme si quelqu'un lui avait joué un bon tour.

    Quel heureux tempérament, me dis-je....Elle sait accepter ce qu'elle ne peut changer et elle se laisse porter par  les vagues de la vie...Elle est vivante, quoi qu'il arrive...Pas d'apitoiement sur son sort! Mais ravie d'être encore en vie malgré tout!

    Sa joie de vivre est contagieuse!


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  • Il vivait seul depuis longtemps,

    depuis plus de vingt ans...

    Il ne s'était toujours pas habitué...

    Il avait besoin de partager avec des mots

    ce qu'il vivait, ce qu'il voyait...

    C'est dur ,disait-il, de regarder la télé

    et de n'avoir personne ensuite

    avec qui échanger ses impressions....

    Quand il rentrait à la maison,

    un peu plus tard que d'ordinaire,

    il disait : "la bourgeoise, elle va pas être contente"...

    Bourgeois,pourtant, il ne l'était guère

    et sa femme envolée..non plus.

    Mais il faut bien se donner quelque importance

    Et le temps de dire sa boutade, il pouvait imaginer que quelqu'un l'attendait...

    Parfois, quand la solitude était trop présente,

    il se rendait dans un grand magasin

    pour se renseigner sur le prix des parfums ou  des vêtements féminins

    et entendre la vendeuse se renseigner sur les goûts, la couleur des cheveux

    ou la taille de sa compagne imaginaire.

     


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  • IL était en recherche
    et ,si l'occasion tant soit peu s'en présentait,
    il n'hésitait pas
    à poser des questions essentielles
    au premier venu
    qu'il croisait dans la rue
    ou ailleurs.

                                                                                   

                                                                              Peu importe le  lieu.
                                                                          Ce qu'il voulait,c'était un aveu:

                                                                              dites,savez-vous pourquoi
                                                                           l'amour est toujours malheureux?
                                                                           Et l'autre répondait ou ne répondait pas,
                                                                           parlant de ci, de là,
                                                                           de la pluie et du beau temps,
                                                                           de politique ou de voyages...

                                                                                    Et s'il répondait,
                                                                            c'était pour dire ce qu'il vivait,
                                                                            ce qu'il ressentait,
                                                                            ce que la vie lui avait appris...

                                                                                    Et la vie reprenait
                                                                               ses couleurs chatoyantes
                                                                                et des liens se tissaient
                                                                                      et l'amour souriait..


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