• " Elle était en réalité bien plus qu'une souveraine ou , pour mieux dire, ellétait tout autre chose.

    Elle ne régnait pas, elle n'avait jamais recouru à la force ou fait usage de son pouvoir,

    elle ne donnait aucun ordre, ne jugeait personne et n'intervenait jamais

    et n'avait jamais besoin de se défendre contre un agresseur,

    car l'idée ne serait venue à personne de se soulever contre elle ou de l'attaquer.

    DEVANT ELLE, TOUTES LES CREATURES ETAIENT EGALES.

    Il suffisait qu'elle fût là, mais elle avait une façon particulière d'être là :

    elle était le noyau de toute la vie du Pays Fantastique.

    Et chaque créature, qu'elle fut bonne ou mauvaise, belle ou hideuse, gaie ou sévère, folle ou sage,

    tout le monde, sans exception, n'était là que grâce à sa présence à elle.

    Sans elle, rien ne pouvait subsister, pas plus que ne pourrait subsister

    un corps humain qui n'aurait plus de corps.

                                             Michaël Ende (Le pays sans fin)


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  • Nous sommes au restos du coeur.

    Nous préparons la distribution qui aura lieu l'après-midi et le lendemain.

    Nous sommes donc un petit groupe de bénévoles qui rangeons les produits dûment répertoriés sur les étagères.

    Quand le travail est fini, nous buvons un café ensemble.

    Soudain la porte s'ouvre et un homme rentre,

    il a , autour du cou, un superbe collier de cuillères au manche coupé et il en est très fier.

    Je viens seulement vous dire bonjour, nous dit-il. Je reviendrai cet après-midi pour la distribution.

    Tu as senti l'odeur du café, lui dit l'un de nous, allez, viens t'asseoir, je t'en sers un...

    Ici, tout le monde le connaît et apprécie son humour, ses jeux de mots perpétuels...Il ne peut pas faire une phrase sans

    en glisser au moins un...

    Comment fait-il pour garder une telle vivacité d'esprit et sa bonne humeur alors que tout semble lui manquer?

    Mystère de l'être humain !

    Outre des repas un peu plus substantiels, il a trouvé ici un peu de chaleur et d'amitié et il n'en demande pas plus à la vie


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  • Cela fera bientôt cinq ans, nous dit-elle, qu'elle est entrée ici. C'était au mois de juin.

    D'abord, elle était avec son mari, il avait été gravement malade, elle n'était pas très solide elle non plus...

    Ils ont accepté d'être transférés directement de l'hôpital à la maison de retraite.

    Quand il est mort , deux ans après, elle n'a pas voulu qu'on la transfère dans une chambre individuelle,

    il lui semblait qu'il était encore là dans cette chambre où ils avaient passé leurs derniers mois

    de vie commune...Sans doute pensait-elle qu'elle allait bientôt le rejoindre...

    Mais non, la vie est plus forte.

    Elle ne se plaint jamais...Je l'ai toujours connue avec le sourire...Mais, à présent, chaque fois que je vais la

    voir, j'ai l'impression de la voir se retrécir, elle nous offre un sourire désolé et ose nous dire par deux fois

    "ce n'est pas drôle"...Elle est très sourde et cela l'empêche de participer aux animations  proposées

    dans la maison. Depuis janvier, elle ne fait plus sa promenade habituelle autour de la résidence, elle a trop

    trop mal aux talons...et elle perd facilement l'équilibre..Mais je vais quand même au rez de chaussée, nous

    dit-elle, je m'accroche à la rampe.

    Heureusement la mémoire demeure fidèle, elle se rappelle des dates avec une précision fabuleuse, elle lit le

    journal de la première à la dernière ligne, elle sait qui se présente aux élections dans sa petite ville, elle

    garde le souci des autres,fait un gentil sourire à sa voisine...Elle se réjouit de pouvoir nous offrir un nougat, il

    lui en reste encore dans sa table de nuit...elle, bien sûr, n'en mange pas, elle n'a presque plus de dents et

    elle ne peut manger que ce qui est mixé...

    Nous nous embrassons très fort avant de partir....

    Comment fait-elle pour garder encore le goût de la vie et savoir encore sourire?

     


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  • Elle pourrait prendre sa retraite, nous dit-elle, mais elle hésite et prolongera probablement son travail

    de un ou deux ans.  Elle aime trop son métier qui lui permet de visiter de belles demeures et de rencontrer

    des gens avec qui elle n'aurait  pas de contact autrement.

    Elle travaille chez un notaire et c'est elle qui est chargée de faire l'estimation des maisons à vendre 

    et c'est elle qui les fait visiter aux éventuels acheteurs.

    Tout en marchant, elle nous montre les maisons où elle a procédé à la vente.

    Elle s'étonne un peu de constater que toutes les maisons qui lui plaisent à elle , elle arrive à les vendre

    aisément.   Elle nous en montre une qui, malgré plusieurs visites, n'est toujours pas vendue.

    - "Oh ! Je ne vais pas y arriver, je la trouve sans intérêt".

    Récemment, elle  est allée dans une maison  idéale tant son point de vue est magnifique, de plus la maison

    elle-même est pleine de charme...C'est la quatrième fois qu'elle est à la vente car, malgré cela,

    les précédents propriétaires  ont divorcé trois ou quatre ans  après avoir acheté  ...et ils l' ont revendue....

    Elle est à peu près sûre qu'elle va trouver de nouveaux acheteurs assez rapidement car cette maison-là,

    elle l'aime et elle sait admirablement faire partager son enthousiasme...

    Bien sûr, elle ne leur dira pas le pourquoi de ses ventes si rapprochées, cela pourrait jeter un froid...

    Et puis il n'est pas prévu, dans le contrat de vente, de vous informer sur le bonheur  ou la souffrance

    que les gens ont pu  connaître en ce lieu.

     


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  • Il est né sur un nuage

    Et  d'âge en âge croissant

    il se définit cependant

    comme un homme de terrain.

     

        Pauvre petit homme

       Que voit-il de la réalité

       là-haut sur son nuage?

     

    Il faut avoir les pieds sur terre

    voyons

    si l'on veut être réaliste.

     

       Mais lui, la terre, la glaise, la boue,

       au lieu d'y planter  les pieds

       et là bien dressé

       d'observer le réel,

       c'est avec son nez

       et la bouche bien ouverte

       qu'il va s'y planter

       dans la boue. 

     

    Et diable il n'est pas beau à regarder

    avec son visage plein de glaise

    et sa bouche fermée par la boue,

    ses yeux même en sont aveuglés...

     

       Et il retourne sur son nuage

       sûr de l'avoir vue de près,

       la réalité.

     

                   Et, de là-haut, il dit :le monde, il est pas beau !


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