• Il vivait seul depuis longtemps,

    depuis plus de vingt ans...

    Il ne s'était toujours pas habitué...

    Il avait besoin de partager avec des mots

    ce qu'il vivait, ce qu'il voyait...

    C'est dur ,disait-il, de regarder la télé

    et de n'avoir personne ensuite

    avec qui échanger ses impressions....

    Quand il rentrait à la maison,

    un peu plus tard que d'ordinaire,

    il disait : "la bourgeoise, elle va pas être contente"...

    Bourgeois,pourtant, il ne l'était guère

    et sa femme envolée..non plus.

    Mais il faut bien se donner quelque importance

    Et le temps de dire sa boutade, il pouvait imaginer que quelqu'un l'attendait...

    Parfois, quand la solitude était trop présente,

    il se rendait dans un grand magasin

    pour se renseigner sur le prix des parfums ou  des vêtements féminins

    et entendre la vendeuse se renseigner sur les goûts, la couleur des cheveux

    ou la taille de sa compagne imaginaire.

     


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  • IL était en recherche
    et ,si l'occasion tant soit peu s'en présentait,
    il n'hésitait pas
    à poser des questions essentielles
    au premier venu
    qu'il croisait dans la rue
    ou ailleurs.

                                                                                   

                                                                              Peu importe le  lieu.
                                                                          Ce qu'il voulait,c'était un aveu:

                                                                              dites,savez-vous pourquoi
                                                                           l'amour est toujours malheureux?
                                                                           Et l'autre répondait ou ne répondait pas,
                                                                           parlant de ci, de là,
                                                                           de la pluie et du beau temps,
                                                                           de politique ou de voyages...

                                                                                    Et s'il répondait,
                                                                            c'était pour dire ce qu'il vivait,
                                                                            ce qu'il ressentait,
                                                                            ce que la vie lui avait appris...

                                                                                    Et la vie reprenait
                                                                               ses couleurs chatoyantes
                                                                                et des liens se tissaient
                                                                                      et l'amour souriait..


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  • " Elle était en réalité bien plus qu'une souveraine ou , pour mieux dire, ellétait tout autre chose.

    Elle ne régnait pas, elle n'avait jamais recouru à la force ou fait usage de son pouvoir,

    elle ne donnait aucun ordre, ne jugeait personne et n'intervenait jamais

    et n'avait jamais besoin de se défendre contre un agresseur,

    car l'idée ne serait venue à personne de se soulever contre elle ou de l'attaquer.

    DEVANT ELLE, TOUTES LES CREATURES ETAIENT EGALES.

    Il suffisait qu'elle fût là, mais elle avait une façon particulière d'être là :

    elle était le noyau de toute la vie du Pays Fantastique.

    Et chaque créature, qu'elle fut bonne ou mauvaise, belle ou hideuse, gaie ou sévère, folle ou sage,

    tout le monde, sans exception, n'était là que grâce à sa présence à elle.

    Sans elle, rien ne pouvait subsister, pas plus que ne pourrait subsister

    un corps humain qui n'aurait plus de corps.

                                             Michaël Ende (Le pays sans fin)


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  • Nous sommes au restos du coeur.

    Nous préparons la distribution qui aura lieu l'après-midi et le lendemain.

    Nous sommes donc un petit groupe de bénévoles qui rangeons les produits dûment répertoriés sur les étagères.

    Quand le travail est fini, nous buvons un café ensemble.

    Soudain la porte s'ouvre et un homme rentre,

    il a , autour du cou, un superbe collier de cuillères au manche coupé et il en est très fier.

    Je viens seulement vous dire bonjour, nous dit-il. Je reviendrai cet après-midi pour la distribution.

    Tu as senti l'odeur du café, lui dit l'un de nous, allez, viens t'asseoir, je t'en sers un...

    Ici, tout le monde le connaît et apprécie son humour, ses jeux de mots perpétuels...Il ne peut pas faire une phrase sans

    en glisser au moins un...

    Comment fait-il pour garder une telle vivacité d'esprit et sa bonne humeur alors que tout semble lui manquer?

    Mystère de l'être humain !

    Outre des repas un peu plus substantiels, il a trouvé ici un peu de chaleur et d'amitié et il n'en demande pas plus à la vie


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  • Cela fera bientôt cinq ans, nous dit-elle, qu'elle est entrée ici. C'était au mois de juin.

    D'abord, elle était avec son mari, il avait été gravement malade, elle n'était pas très solide elle non plus...

    Ils ont accepté d'être transférés directement de l'hôpital à la maison de retraite.

    Quand il est mort , deux ans après, elle n'a pas voulu qu'on la transfère dans une chambre individuelle,

    il lui semblait qu'il était encore là dans cette chambre où ils avaient passé leurs derniers mois

    de vie commune...Sans doute pensait-elle qu'elle allait bientôt le rejoindre...

    Mais non, la vie est plus forte.

    Elle ne se plaint jamais...Je l'ai toujours connue avec le sourire...Mais, à présent, chaque fois que je vais la

    voir, j'ai l'impression de la voir se retrécir, elle nous offre un sourire désolé et ose nous dire par deux fois

    "ce n'est pas drôle"...Elle est très sourde et cela l'empêche de participer aux animations  proposées

    dans la maison. Depuis janvier, elle ne fait plus sa promenade habituelle autour de la résidence, elle a trop

    trop mal aux talons...et elle perd facilement l'équilibre..Mais je vais quand même au rez de chaussée, nous

    dit-elle, je m'accroche à la rampe.

    Heureusement la mémoire demeure fidèle, elle se rappelle des dates avec une précision fabuleuse, elle lit le

    journal de la première à la dernière ligne, elle sait qui se présente aux élections dans sa petite ville, elle

    garde le souci des autres,fait un gentil sourire à sa voisine...Elle se réjouit de pouvoir nous offrir un nougat, il

    lui en reste encore dans sa table de nuit...elle, bien sûr, n'en mange pas, elle n'a presque plus de dents et

    elle ne peut manger que ce qui est mixé...

    Nous nous embrassons très fort avant de partir....

    Comment fait-elle pour garder encore le goût de la vie et savoir encore sourire?

     


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