•  

     

    Allo l'été, ici l'automne.

     

    Ce soir une voix téléphone

    Allo ! qui est à l'appareil?

    Allo ! l'été, ici l'automne

    Quand veux-tu que je t'émerveille?

     

    Cette année, tu esen avance...

    Les blés ici sont moissonnés !

    Et bien finies sont les vacances

    Peux-tu venir en fin d'année?

     

    Ah ! non, pas possible l'hiver

    veut présenter sa collection

    de blanc et sa mode est sévère

    Grand caleçon pour grand glaçon.

     

    Il veut écouler ses frimas

    ses cristaux, ses coupons de vent

    il devient vieux, un peu gaga

    et fait attendre le printemps.

     

    Allo ! Allo ! mon vieux rouquin

    n'oublie pas tes bijoux en or

    Moi l'été je m'en vais demain

    avec le ciel qui m'aime encore.

                        

                               Elie Viné (L'herbier des jours)

    Elie Viné fut conseiller d'administration des services universitaires, ce qui ne l'empêcha pas de s'intéresser au théâtre et d'écrire des poèmes


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  • L’ÉCOLE PUBLIQUE

    À Saint-Jean-Brévelay notre école publique
    Était petite et très, très pauvre
    : des carreaux
    Manquaient et pour finir c’est qu’il en manquait trop
    Pour qu’on mette partout du carton par applique,

    Car il faut voir bien clair lorsque le maître explique.
    Alors le vent soufflait par tous ces soupiraux
    Et nous avons eu froid souvent sous nos sarraus.
    Par surcroît le plancher était épisodique

    Et l’on sait qu’avec l’eau du toit la terre fait
    Des espèces de lacs boueux d’un bel effet.
    — Pourtant j’ai bien appris dans cette pauvre école:

    Orthographe, calcul, histoire des Français,
    Le quatorze juillet, Valmy, la Carmagnole,
    Le progrès, ses reculs, et, toujours, son succès.

    20 février 1954

    GUILLEVIC, Trente et un Sonnets (Gallimard) (1907-1997)

     


    )


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  • Si c'était ton fils
    Tu remplirais la mer de navires
    Et de n'importe quel drapeau.

    Tu voudrais que tous ensemble
    À des millions
    Ils fassent un pont.
    Pour le faire passer.

    Attentionné,
    Tu ne le laisserais jamais seul.
    Tu ferais de l'ombre
    Si c'était ton fils...

    Si c'était ton fils
    Tu remplirais la mer de navires
    Et de n'importe quel drapeau.

    Tu voudrais que tous ensemble
    À des millions
    Ils fassent un pont.
    Pour le faire passer.

    Attentionné,
    Tu ne le laisserais jamais seul.
    Tu ferais de l'ombre
    Pour ne pas que brûlent ses yeux,
    Le couvrir
    Pour ne pas qu'il se mouille,
    Des éclaboussures d'eau salée.

    Si c'était ton fils, tu te jetterais à la mer,
    Tu tuerais le pêcheur qui ne prête pas le bateau,
    Crierais pour demander de l'aide,
    Aux portes des gouvernements qui se ferment
    Pour revendiquer la vie.

    Si c'était ton fils aujourd'hui, tu serais en deuil,
    Tu détesterais le monde, tu détesterais les ports.
    Pleins de ces vaisseaux immobiles.
    Tu détesterais ceux qui les gardent inaccessibles.
    A cause de qui les cris
    ont toujours le goût l'eau de mer.

    Si c'était ton fils, tu les appellerais.
    Lâches inhumains, parce qu'ils le sont.
    Ils devraient t'arrêter, te garder, te bloquer,
    Tu voudrais leur casser la gueule,
    Car nous sommes tous dans la même mer.

    Mais ne t'inquiète pas, dans ta maison tiède.
    Ce n'est pas ton fils, ce n'est pas ton fils.
    Tu peux dormir tranquille
    Et surtout serein.
    Ce n'est pas ton fils.

    Ce n'est qu'un fils de l'humanité perdue,
    De l'humanité sale, qui ne fait pas de bruit.

    Ce n'est pas ton fils, ce n'est pas ton fils.
    Dors bien, bien sûr.
    Ce n'est pas le tien.

    Sergio Guttilla


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  • Que faire du jour d'aujourd'hui?

    Aucune contrainte

    Aucune obligation

    Rien pour contrecarrer ses désirs.

    Que faire?

    Rien et ce rien le satisfait....

    Aucun désir, aucun besoin

    Pas un rêve

    Il n'a pas demandé à être là

    Il n'a pas demandé à vivre

    Il est là

    Si quelque chose se présente

    Il veut bien l'apprécier

    Mais il ne cherche rien

    Il n'attend rien

    Et ce rien le satisfait.


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  •  

              

     

                                                                   Je déclare l'état de bonheur permanent

     

    Je déclare l'état de bonheur permanent
    Et le droit de chacun à tous les privilèges
    Je dis que la souffrance est chose sacrilège
    Quand il y a pour tous des roses et du pain blanc
    Je conteste la légitimité des guerres
    La justice qui tue et la mort qui punit
    Les consciences qui dorment au fond de leur lit
    La civilisation au bras des mercenaires
    Je regarde mourir ce siècle vieillissant
    Un monde différent renaîtra de ses cendres
    Mais il ne suffit plus simplement de l'attendre
    Je l'ai trop attendu. Je le veux à présent
    Que ma femme soit belle à chaque heure du jour
    Sans avoir à se dissimuler sous le fard
    Et qu'il ne soit plus dit de remettre à plus tard
    L'envie que j'ai d'elle et de lui faire l'amour
    Que nos fils soient des hommes, non pas des adultes
    Et qu'ils soient ce que nous voulions être jadis
    Que nous soyons frères camarades et complices
    Au lieu d'être deux générations qui s'insultent
    Que nos pères puissent enfin s'émanciper
    Et qu'ils prennent le temps de caresser leur femme
    Après toute une vie de sueur et de larmes
    Et des entre-deux-guerres qui n'étaient pas la paix
    Je déclare l'état de bonheur permanent
    Sans que ce soit des mots avec de la musique
    Sans attendre que viennent les temps messianiques
    Sans que ce soit voté dans aucun parlement.
    Je dis que, désormais, nous serons responsables
    Nous ne rendrons de compte à personne et à rien
    Et nous transformerons le hasard en destin
    Seuls à bord et sans maître et sans dieu et sans diable
    Et si tu veux venir, passe la passerelle
    Il y a de la place pour tous et pour chacun
    Mais il nous reste à faire encore du chemin
    Pour aller voir briller une étoile nouvelle
    Je déclare l'état de bonheur permanent.

     

    Georges Moustaki


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