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    J.M. Coetzee, né en 1940, est l'auteur de deux récits autobiographiques et de 10 romans traduits dans 25 langues et abondamment primés. Deux d'entre eux: Michael K sa vie, son temps et Disgrâce ont été couronnés par le prestigieux Booker Prize et qualifiés de chefs-d'œuvre par la critique internationale.
    J.M.Coetzee a reçu le prix Nobel de littérature en 2003.

     

    Une femme, écrivain, face aux assauts de la vieillesse.

    Chaque jour qui passe la rapproche de l’ombre, et elle constate, avec calme et lucidité, la perte de ses facultés mentales. Autour d’elle se pressent les enfants, qui s’inquiètent pour elle et désirent qu'elle se rapproche d'eux.. Elle s’y refuse pourtant, préférant affronter sa fin de vie dans la liberté et l'indépendance de la solitude, s'interrogeant jusqu'au bout, sans relâche, sur le sens de sa propre existence .

    En sept tableaux , J. M. Coetzee nous offre un somptueux portrait de femme (Elisabeth Costello) et une leçon de littérature, aussi dense que brève. Dans une langue épurée, il touche au cœur de nos interrogations : que restera-t-il de nous lorsque nous serons partis ? que transmet-on à ceux qui restent ?) et elle les affronte avec élégance et humilité .

    A travers son double féminin, Coetzee envisage sa fin de vie et nous incite à faire de même.

    Son écriture est limpide et c'est un bonheur de le lire bien que le sujet  ne soit pas très gai.


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    Olivia de Lamberterie lors de la remise du prix Renaudot essai le 7 novembre 2018.

    Olivia de Lamberterie lors de la remise du prix Renaudot essai le 7 novembre 2018. 

     Avec toutes mes sympathies par de Lamberterie

      La journaliste livre avec émotion ce qui l'a poussée à prendre la plume."C'est mon premier livre, un livre particulier car j'ai décidé de le faire après le suicide de mon frère. C'est à lui que je pense et il aurait été très heureux d'être le roi d'un jour et même le roi d'une année", confiait l'auteure.

     Un livre magnifique pour que la mort vive, qu’Alex soit toujours présent. C’est un très bel hommage à son frère, une déclaration d’amour pour ce frère qui à jamais fait partie de sa vie.

     

    Ce livre, Olivia le portait en elle car elle voulait rendre à son frère, l’image de l’homme flamboyant qu’il était, sa joie, leur bonheur, lui pour qui « vivre l’a tué », celui qui a décidé le 14 octobre 2015 de franchir le parapet de sécurité du pont Jacques Cartier à Montréal.

     

    Ce récit, c’est pour tromper la mort, garder la joie qu’elle l’a écrit. Elle nous fait découvrir sa vie, sa famille, son enfance. Une famille d’un certain milieu social où l’on exprimait peu ou pas ses sentiments, une certaine rigueur, une distance (le vouvoiement), pudeur et réserve étant de mise.

     

    Elle nous fait découvrir cet amour inconditionnel, le lien très fort qui l’unit à jamais à son frère, cela même si des kilomètres les séparaient.

     

    Elle nous pose question sur ce mal de vivre, sur le diagnostic assez tardif « dysthimie », nommé tardivement, mal soigné, sur les moyens inhumains des services psychiatriques qui abrutissent plutôt que de soigner.

     

    Elle s’interroge sur l’aspect génétique de la question, leur famille étant lourdement touchée, mais tout ceci n’est jamais noir, jamais pathos. Le ton peut être léger, l’humour étant bien présent provoquant le rire à certains passages.

     

    Elle nous parle aussi beaucoup de l’amour des mots, des livres. Les références sont nombreuses et c’est un pur moment de bonheur de lire cette plume.

     

    Pour son mari, ses enfants, sa famille elle crée de la gaieté dans son quotidien non pas pour « faire son deuil », expression horrible mais pour que la mort vive et que les liens soient toujours présents, faire vivre Alex à travers eux.

    " Je ne voudrais pas que mon mari ait une femme triste ou pire, que mes enfants aient une mère triste. Après la mort d’Alexandre, je me suis dit "je vais inventer une manière joyeuse d’être triste".

     

    La tristesse, le manque, la perte, le mal de vivre sont abordés mais c’est lumineux. L’écriture est prenante, émouvante, élégante, emplie de pudeur et d’amour. La sincérité et l’honnêteté de cette plume vraie m’a beaucoup touchée.

     

    J'ai beaucoup aimé ce livre . Pour garder vivants les morts que nous avons aimés, il nous faut les garder vivants en nous

    et ne pas avoir peur de parler d'eux. Mais bien sûr, chacun fait comme il peut.

    Certes nous souffrons de ne plus les voir mais personne ne pourra nous ôter le bonheur  de les avoir connus.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  •  Couverture Un goût de cannelle et d'espoir

     

    Allemagne, 1944. Elsie Schmidt aide ses parents à tenir la boulangerie familiale en temps de guerre. Même si le quotidien est difficile, les Schmidt sont moins mal lotis que d’autres : leur fille aînée, Hazel, a été recrutée au sein du Lebensborn, une association où des femmes mettent au monde de jeunes Allemands qui seront élevés comme de parfaits Aryens. Ils ont le soutien des officiers nazis et l’un d’entre eux courtise Elsie.

     

    Un soir, alors que la jeune fille assiste à une soirée de Noël en compagnie de dignitaires nazis, elle croise la route d’un petit garçon juif à la voix d’or. Ce même petit garçon qui, quelques heures plus tard, viendra frapper à la porte de la boulangerie en la suppliant de le cacher. Elsie peut-elle mettre en danger sa famille pour cet enfant qu’elle ne connaît pas ? Quel sera le prix à payer si elle le fait ?

     

    Quelques décennies plus tard, la journaliste américaine Reba Adams se voit confier la responsabilité de réaliser un reportage sur les traditions de Noël et décide d’aller interroger les propriétaires d’une boulangerie allemande au Texas… Passé et présent se répondent alors, réveillant le souvenir de cet épisode qui a changé la vie d’Elsie.

    L'espoir peut surgir même dans les pires situations.

     

    Quelques extraits:

    "Le mensonge semblait la voie la plus  parfaite vers la réinvention...Il suffisait d'une histoire et sa famille devenait aussi parfaite que sa maman aimait le faire croire. Papa était un héros du Vietnam, pas l'homme hanté qui arbore un sourire comme on porte une cravate colorée jusqu'à ce que le noeud se mette à vous étouffer..."

    "C'est en partie ce qui l'avait attiré chez Reba. Elle était d'ailleurs. Elle était  entrée dans sa vie avec le monde sur les épaules Et, à travers son regard, il avait espéré voir ce qu'il avait toujours voulu voir sans avoir à sortir de chez lui. Ce n'était pas tant qu'il avait de s'éloigner que le sentiment qu'il devait rester là où était sa place, avec les gens qui lui ressemblaient."

     


    Auteur – Sarah McCoy.v


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  •  C'est un livre que je viens de découvrir, que j'ai lu très rapidement et il serait bon que je le relise...

    J'ai été happée par l'histoire de ce jeune garçon, élevé par un vieil homme qui a su lui enseigner l'essentiel sans beaucoup de mots mais en vivant lui-même ce qu'il désirait transmettre à cet enfant qui lui avait été confié.

    J'ai été étonnée par la maturité et la sagesse de ce jeune garçon, par la liberté que le vieil homme sait lui accorder.

     

     

    Richard Wagamese, né en 1955 en Ontario, est l’un des principaux écrivains indigènes canadiens. En activité depuis 1979, il a exercé comme journaliste et producteur pour la radio et la télévision, et est l’auteur de treize livres publiés en anglais par les principaux éditeurs du Canada anglophone. Wagamese appartient à la nation amérindienne ojibwé, originaire du nord-ouest de l’Ontario, et est devenu en 1991 le premier indigène canadien à gagner un prix de journalisme national. Depuis lors, il est régulièrement récompensé pour ses travaux

     

     

     

    Lorsque Franklin Starlight, âgé de seize ans, est appelé au chevet de son père Eldon, il découvre un homme détruit par des années d’alcoolisme. Eldon sent sa fin proche et demande à son fils de l’accompagner jusqu’à la montagne pour y être enterré comme un guerrier. S’ensuit un rude voyage à travers l’arrière-pays magnifique et sauvage de la Colombie britannique, mais aussi un saisissant périple à la rencontre du passé et des origines indiennes des deux hommes. Eldon raconte à Frank les moments sombres de sa vie aussi bien que les périodes de joie et d’espoir, et lui parle des sacrifices qu’il a concédés au nom de l’amour. Il fait ainsi découvrir à son fils un monde que le garçon n’avait jamais vu, une histoire qu’il n’avait jamais entendue.

     

    Des extraits:

     Tout ce que je peux faire,c'est te montrer comment devenir une bonne personne. si tu apprends à devenir un homme bon, alors tu seras un bon indien. du moins, c'est comme ça que je crois que ça marche. Maintenant, il faut que tu lui fasses des remerciements.

    Des remerciements?

    - Au chevreuil. Y va nous nourrir pendant un bon bout de temps, y va  nous donner une bonne peau à  tanner. alors tu fais une prière et tu le remercies de nous avoir donné sa vie à cause qu'il prend soin de la nôtre maintenant. Notre vie. c'est important.

    - Comment je fais ça?

    - Je n'ai jamais été très porté sur les prières. Du moins, pas comme dans les églises.. Mais moi, je crois que tout est sacré. alors, quand je dis quelque chose, j'essaie toujours de ressentir ce que je ressens et de dire ce qui en vient. ça m'a toujours suffi comme ça.

     


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    L'éternité n'est pas de trop
     
    Je viens de terminer ce livre que j'ai beaucoup aimé
     
    François Cheng est né en 1929 dans la province de Shandong, non loin du yang Tsé et des brumes du Mont Lu.
    Il vit en France depuis 1949. Universitaire, poète, calligraphe, traducteur en chinois de Baudelaire, Rimbaud, René Char, des surréalistes etc., auteur d'essais remarquable sur la poésie et l'art de la Chine, il a reçu en 1998 le prix Fémina pour son premier roman Le dit de Tianyi publié par Albin Michel et le prix André Malraux du livre d'art pour Shitao : la saveur du monde (Phébus).
     
     
     
    L'éternité n'est pas de trop - Cover image

     

     François Cheng arrête la course du temps et nous fait toucher l'éternité.
    En Chine, au XVIIème siècle, Dao-sheng a d'abord été vendu enfant à une troupe de comédiens itinérants, et il est devenu joueur de violon;  et lors d'un concert, pour avoir osé sourire à la jeune Lang-ying, promise au seigneur Zhao, il a été envoyé au bagne. Ayant réussi à s'échapper , il trouve refuge dans un monastère taoïste où il apprend l'art de la médecine et de la divination. Parvenu à l'âge mûr, il part à la rencontre de celle qui n'a jamais cessé d'habiter son coeur....
     L'histoire d'amour interdite entre Dao-sheng et Dame Ying  montre la puissance de l'esprit, qu'il soit appelé Souffle par les taoïstes ou âme par les chrétiens.  Du simple contact de leurs deux mains naît une communion des âmes qui irradie de sensualité comme l'acte d'amour ultime.
     François Cheng fait un délicat éloge de la patience et de la spiritualité. Il  dissèque les comportements humains dans ce qu'ils ont de plus vil comme de plus noble. J'ai savouré son style imagé

    C'est une véritable quête de sens qui nous élève.

      Dans" L'éternité n'est pas de trop" l'amour est vécu comme absolu. Il est le seul porteur du dépassement de soi, il permet de pénétrer le mystère de l'univers et d'accéder au sentiment d'éternité. dans une Chine en pleine mutation qui s'ouvre aux autres civilisations il est aussi le lien qui permet le dialogue et l'ouverture à l'autre. Une vision hautement exigeante et spirituelle des rapports amoureux où l'intensité, la ferveur, le dépouillement et l'engagement sont les clefs de toute métamorphose. Un roman d'une rare puissance, intense et envoûtant qui peut toucher tous les publics.


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