Ce matin, j'ouvre au hasard le dernier livre de François Cheng
Je pense d'abord que le hasard fait bien les choses en ce jour de Toussaint...
Je suis quand même heurtée par les premiers mots" restons inconsolables"
Devrions-nous passer notre vie à pleurer?
Certainement pas.
Au contraire, la fidélité à nos morts nous oblige , nous donne le devoir de savourer tous les bonheurs de la vie, ,de les vivre intensément en union avec eux qui ne sont plus et ne peuvent plus en jouir qu'à travers nous...
Mais la joie est inséparable du malheur. Et la vie sur terre est inséparable de la mort...Et le jour a besoin de la nuit...
Par peur de souffrir, nous risquons de nous fermer et de nous priver de bien des bonheurs qui jalonnent notre vie.
Les cris peuvent devenir des chants apaisants et très beaux...
Ce poème magnifie la tendresse et c'est pourquoi je veux le garder en moi
de François Cheng (La vraie gloire est ici)
"Restons inconsolables,
restons inconsolés.
Laissons survivre en nous nos morts,
Laissons creuser en nous nos remords,
Gardons jusqu'au bout la douleur des disparus?
Gardons jusqu'au bout nos propres douleurs tues.
Que le tourment soit notre pain quotidien,
Que soit notre vin larmes et sang versés,
Il nous faut apprendre à durer
Jusqu'à ce que tout soit transmué,
Jusqu'à ce que soit transfigurée
Toute cette expérience de
l'éternelle souvenance.
Que les cris de nos morts se mêlent aux nôtres,
que nos cris saccadés se changent en chant,
Seul le chant peut submerger l'oubli,;
Il nous faut apprendre à durer
Jusqu'à ce que nous reviennent
Les instants de promesse et de tendresse
-soleil buvant rosée, lune aspirant marée-
Poignante tendresse humaine, la seule qui compte,
C'est pour elle que nous sommes venus au monde.
qu'ils viennent, qu'ils viennent donc
Ces instants tels que les change
l'éternelle advenance !"
Le chant seul peut déborder le temps