Il y a des mois et des mois que je voulais aller la voir.
C'est une ancienne collègue.
Je sais qu'elle sera ravie de me voir mais qu'elle ne se déplacera pas elle-même pour venir jusqu'à moi.
Donc, ce jour-là, je me décide.
Tout d'abord, nous nous donnons des nouvelles des uns et des autres, des nouvelles de nos enfants, de nos autres anciennes collègues. Mais très vite, elle en vient à me parler de ce qui la préoccupe le plus.
Ma soeur, me dit-elle, je ne sais pas quoi faire avec elle...Depuis qu'elle a perdu son mari, de la maladie d'Azheimer, elle sombre dans une profonde dépression....Elle est persuadée qu'elle a mal soigné son mari, qu'elle ne l'a pas fait entrer dans la maison de santé qui lui aurait convenu et que ses derniers mois sur cette terre ont été atroces et que c'est elle qui en est la cause parce qu'elle n'a pas su prendre les bonnes décisions. Et comme ce n'est pas vraiment elle qui a pris la décision , c'est son autre soeur qui habite près de chez elle et qui, voyant qu'elle n'arrivait pas à choisir un établissement ou un autre, c'est elle qui a dicté son choix...de sorte que, non seulement elle s'en veut à elle-même mais elle en veut aussi à sa soeur qui fait tout ce qu'elle peut pour l'aider mais n'y parvient point...Et ses enfants sont tout aussi impuissants à la sortir de ce cercle infernal.
Elle est elle-même partie, ces jours-ci, dans une clinique spécialisée...Ses proches vont respirer un peu peut-être, reprendre des forces pour son retour... Je l'espère mais je sens ma collègue bien préoccupée et même angoissée....
Reviens en début d'après-midi, on aura ainsi plus de temps pour bavarder, me dit-elle au moment où je m'en vais. Je ne peux que l'écouter mais c'est moins que rien. Je reviendrai.