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" Encore une fois, il s'était excusé pour rien !
Pourquoi toujours ce stupide réflexe de demander pardon?
Le souvenir ne voulait pas le quitter et il sentit le besoin de parler à quelqu'un."
...Il composa le numéro de Charles et, dès qu'il entendit sa voix, il s'excusa :"Ne te fâche pas. Je suis de très
mauvaise humeur. j'ai besoin de bavarder.
-Moi aussi...Mais toi pourquoi?
-Parce que je suis fâché contre moi. Pourquoi est-ce que je profite de chaque occasion
pour me sentir coupable?
-Ce n'est pas grave.
- Se sentir ou ne pas se sentir coupable. Je pense que tout est là .
La vie est une lutte de tous contre tous. C'est connu.
Mais comment cette lutte se déroule-t-elle dans une société plus ou moins civilisée?
Les gens ne peuvent pas se ruer les uns sur les autres dès qu'ils s'aperçoivent.
Au lieu de cela, ils essaient de jeter sur l'autre l'opprobe de la culpabilité.
Gagnera qui réussira à rendre l'autre coupable.
Perdra qui avouera sa faute.
Tu vas dans la rue, plongé dans tes pensées.
Venant vers toi une fille, comme si elle était seule au monde, sans regarder à droite ni à gauche, marche droit devant elle. Vous vous bousculez. Et voilà le moment de vérité.
Qui va engueuler l'autre et qui va s'excuser?
C'est une situation modèle : en réalité, chacun des deux est à la fois le bousculé et le bousculant.
Et pourtant, il y en a qui se considèrent, immédiatement, spontanément , comme bousculés,
donc dans leurs droits, prêts à accuser l'autre et à le faire punir....
Qui s'excuse se déclare coupable. Et si tu te déclares coupable, tu encourages l'autre à continuer
à t'injurier, à te dénoncer, publiquement, jusqu'à ta mort. Ce sont les conséquences fatales
de la première excuse.
-C'est vrai, il ne faut pas s'excuser.Et pourtant, je préférerais un monde
où les gens s'excuseraient tous, sans exception, inutilement, exagérément, pour rien ,
où ils s'encombreraient d'excuses."
Un peu plus loin , Milan Kundera ajoute
page 77" Celui qui est à la fois un intrus et un doux est condamné, avec une logique implacable,
à s'excuser toute sa vie."
Je lis ce texte, un peu interloquée...Je n'avais jamais envisagé les rapports humains sous cet angle..
Moi aussi je préférerais vivre dans un monde où chacun s'excuse même exagérément...
Mais je me dis qu'avec certaines personnes, il est préférable d'être un peu sur ses gardes et de ne pas
prêter le flanc à leurs critiques...
Mais je rêve d'un autre monde où les relations sont franches et honnêtes.
Le texte de Milan Kundera est extrait de son dernier livre "La fête de l'insignifiance"
Drôle de titre et livre curieux !
Mais cette réflexion sur les excusards, ainsi que les nomme l'auteur, m'a paru intéressante.
Mais quand même je ne peux m'empêcher de plaindre ceux qui éprouvent toujours le besoin
de faire retomber leurs erreurs sur les autres et ne savent pas s'excuser et s'imaginent ainsi faire face,
ils sont dans l'illusion et le mensonge.