Je suis en train de téléphoner lorsque,par la fenêtre ouverte,je l'aperçois qui passe sur le chemin,le regard fixé sur notre porte...Il a envie de s'arrêter,me dis-je,et tout en avertissant
ma correspondante que je vais devoir la faire patienter un peu,je vais ouvrir la porte...Tout accaparé par ses tracas intérieurs,il n'a pas vu que je suis occupée à téléphoner...Et d'emblée,comme
si l'on venait de se quitter la veille,il me fait part de son soliloque intérieur:"vous comprenez,me dit-il,je vais bientôt être en retraite,je serai donc tout au long de l'année dans ma
maison...Et je suis très déçu par les gens du village...On me jalouse ,peut-être parce que je suis instruit..Je fais de la musique,de la peinture,j'ai quelques beaux livres...on m'épie,on se moque
de moi..L'autre jour,une dame est venue regarder derrière mes carreaux...Il faut que je me trouve une maison plus petite où je sois plus dans la campagne..."
Je sens bien qu'il voudrait que je lui offre le café,mais une fois qu'il est installé,il n'arrive plus à repartir..Et j'ai quelqu'un qui m'attend au bout du fil..Je lui propose d'aller le
voir dans les jours qui viennent,cela nous fera une occasion de connaître ses peintures que je n'ai encore jamais vues...Et je le regarde s'éloigner tout en reprenant ma conversation
téléphonique...Il est en costume de ville avec des souliers de ville et une petite mallette à la main.Il a la même tenue pour se promener sur ce chemin caillouteux que lorsqu'il déambule,dans les
rues de Paris,pour se rendre à son travail de gardien de musée.