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La peinture de Brigitte ou le voyage de la colère
“Brigitte, c'est son prénom et sa signature de peintre. Le premier quart de sa vie fut fait d'hospitalisations successives, d'abord pour des problèmes de maladie physique, et bientôt pour des problèmes psychiques. Dans ce cas, les psychiatres parlent d' hospitalisme : on n'avait pas encore dans les années soixante, pris la mesure du fait qu'un enfant a besoin pour se développer d'amour autant que de soins corporels. Privée de sa famille - petits paysans du Bas-Dauphiné qui ne surent ou ne purent faire face à la situation - Brigitte bientôt fut déclarée autiste. Devant elle s'ouvrait une vie entière en institution psychiatrique. Vint le miracle d'une rencontre : un infirmier l'accueillit chez lui, pour s'en occuper comme famille d'accueil. Dès lors, Brigitte jusque-là mutique vint à la parole ;
jusque là incapable de la moindre autonomie, apprit l'hygiène et les gestes du quotidien;
jusque là hord du monde, fut inscrite à l'école.
Elle avait dix ans, elle apprit à lire, à écrire avec une institutrice admirable.
Elle apprit à fréquenter les autres. L'adolescence fut terrible, avec de féroces régressions dans l'automutilation : Brigitte se mordait les mains, les bras, les épaules... Cela dura longtemps, éprouvant l'entourage. Sans doute s'assurant, se rassurant, progressivement, qu'elle ne vivrait pas une deuxième fois ce qu'elle avait enfant vécu comme abandon, Brigitte peu à peu s'apaisa. Mais les morsures ne cessèrent vraiment qu'il y a une dizaine d'années, lorsque plutôt que de faire sur son corps les signes de sa souffrance,  Brigitte se mit à peindre, et comment ! Bientôt son entourage organisa une première exposition. C'était fin 1996. Depuis, il y en a eu plusieurs dizaines. Elle a même exposé l'an dernier au plus important des salons parisiens d'art abstrait. Un film témoigne de son travail. Art abstrait ? Art brut ? En tout cas de l'art, c'est-à-dire une recherche de quelque chose de vital. Brigitte ne peint pas pour faire joli, elle peint parce qu'elle ne peut pas faire autrement, pour faire face aux émotions qui la débordent, à ses angoisses, à sa nuit intime. Son aventure en peinture, c'est le voyage de la colère, comme elle a appelé un tableau de ses débuts C'est pourquoi elle nous touche au plus profond de nous-mêmes. Bernard Vandewiele, psychanalyste, tuteur de Brigitte, octobre 2005
Artiste handicapé(e) mental(e) ?
“La main dans le chapeau : tel est le sens premier du mot handicap, à en croire ceux qui s'amusent à chercher l'origine des mots. La main dans le chapeau : pour peindre ce n'est pas pratique, sauf si celui/celle à qui cette main appartient, travaille aussi du chapeau, ce qui alors serait plutôt quelque chose comme un coup de main pour l'artiste. Un coup de main au double sens que ça a : une aide, un style. Car tous ceux qui travaillent et du chapeau et du pinceau en attestent : Le style, c'est l'homme même. Le style, et pas la technique, qui serait plutôt du côté de la machine. Il en est qui parlent d'art brut. Pléonasme. Parce que l'art est toujours brut. Bien sûr que peut s'y ajouter une inscription dans l'histoire, dans le mouvement social (à son avant-garde, tant qu'à faire), au travers d'une école ou d'un compagnonnage quelconque. Mais sa force émotionnelle, l'oeuvre ne la tient pas des canons d'une quelconque esthétique. L'art surgit de l'abîme sur lequel nous faisons mine de danser. Il nous parle le langage de l'ombre, au dos du miroir. Tout le reste, l'imagerie, c'est du surplus, histoire de bavarder, de faire comme si. Alors, ici, on n'est pas au patronage, et les belles âmes sont priées d'aller ailleurs éponger leurs bons sentiments. Ici se montre de l'art, c'est-à-dire ce qu'on ne peut pas faire autrement qu'on ne le fait quand on a le dos au mur de sa folie. Et forcément, tout un chacun en est touché : au coeur, au ventre, à l'estomac. Partout où ça résonne sans raisonner. Alors, handicapé(e) mental(e), toi qui fais du vélo avec les mains, mais sans vélo, Chapeau !” Bernard Vandewiele, décembre 2002
L'œuvre de Brigitte NEMES, artiste autiste, oscille entre joie simple et peine imprévisible. Cette peinture méthodique et obstinée, entre enfantillage et enfantement, est une interrogation sans réponse. Brigitte NEMES peint son histoire, "les hauts et les bas" quotidiens, violents et gais. Elle restitue une sorte de langage oublié, une autre manière de dire. Par ces images, nous pénétrons dans les contrées d'un monde intérieur dont nous sommes pourtant coupés. Notre questionnement incessant n'empêche pas ce monde de nous échapper. Nos idées, nos conventions pourtant héritées de notre apprentissage de la communication sont ici bousculées. Il existe dans cette création une pureté, une naïveté confondante qui fait naître une question entêtante, "est-ce cela que l'on appelle l'enfance de l'Art?".
JLD
Brigitte NEMES c/o B. VANDEWIELE 22, Rue Pêcherie 26100 ROMANS Tél. 04 75 02 57 04
C'est en allant déposer des livres à la médiathèque de Bourg les Valence que j'ai découvert cette artiste.
Une dizaine de ses tableaux était joliment exposés dans le hall d'entrée.
Je la découvre donc presque en même temps que vous.
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