• Rencontre

    Il y a des mois et des mois que je voulais aller la voir.

    C'est une ancienne collègue.

    Je sais qu'elle sera ravie de me voir mais qu'elle ne se déplacera pas elle-même pour venir jusqu'à moi.

    Donc, ce jour-là, je me décide.

    Tout d'abord, nous nous donnons des nouvelles des uns et des autres, des nouvelles de nos enfants, de nos autres anciennes collègues. Mais très vite, elle en vient à me parler de ce qui la préoccupe le plus.

    Ma soeur, me dit-elle, je ne sais pas quoi faire avec elle...Depuis qu'elle a perdu son mari, de la maladie d'Azheimer, elle sombre dans une profonde dépression....Elle est persuadée qu'elle a mal soigné son mari, qu'elle ne l'a pas fait entrer dans la maison de santé qui lui aurait convenu et que ses derniers mois sur cette terre ont été atroces et que c'est elle qui en est la cause parce qu'elle n'a pas su prendre les bonnes décisions. Et comme ce n'est pas vraiment elle qui a pris la décision , c'est son autre soeur  qui habite près de chez elle  et qui, voyant qu'elle n'arrivait pas à choisir un établissement ou un autre, c'est elle qui a dicté son choix...de sorte que, non seulement elle s'en veut à elle-même mais elle en veut aussi à sa soeur qui fait tout ce qu'elle peut pour l'aider mais n'y parvient point...Et ses enfants sont tout aussi impuissants à la sortir de ce cercle infernal.

    Elle est elle-même partie, ces jours-ci, dans une clinique spécialisée...Ses proches vont respirer un peu peut-être, reprendre des forces pour son retour... Je l'espère mais je sens ma collègue bien préoccupée et même angoissée....

    Reviens en début d'après-midi, on aura ainsi plus de temps pour bavarder, me dit-elle au moment où je m'en vais.  Je ne peux que l'écouter mais c'est moins que rien. Je reviendrai.

     


  • Commentaires

    1
    Jeudi 21 Septembre à 14:14
    eMmA MessanA

    Parvenir peut-être à faire comprendre à ton ancienne collègue qu'elle a fait ce qu'elle a pu à un moment, mais qu'elle n'est pas toute puissante face à la maladie et le cours des choses et qu'elle ne doit pas prendre le poids de cette terrible charge sur ses seules épaules. On croit parfois bien faire, et on peut se tromper. Souvent en étant trop proches, on n'est pas assez lucides pour traiter correctement ces énormes difficultés.

    Parfois, il faut juste écouter et donner un peu de son temps, sans aller jusqu'à imaginer que l'on détient LA solution...

    2
    Jeudi 21 Septembre à 15:13

    Oui, tu as la bonne attitude. Lui faire des objections ne reviendrait qu'à la choquer et à la bloquer davantage sur ses idées ; par contre la laisser s'exprimer lui permet d'épancher toute sa douleur, et comme une plaie finit toujours par se cicatriser, peu à peu elle en viendra à moins s'en vouloir, et peut-être enfin à accepter l'inéluctable. Mais cela ne viendra que d'elle-même, à force d'exprimer ce qu'elle ressent.

    3
    Jeudi 21 Septembre à 15:38

    Quelle soit la décision que l'on prend, elle est toujours mal vécue dans ces cas là. Quand je rencontre des gens qui me demandent comment va ma mère (curieusement depuis qu'elle est placée en maison de retraite tout le monde me demande de ses nouvelles alors qu'avant les mêmes personnes  faisaient tout pour m'éviter) je n'en finis pas de me justifier, de donner des raisons et encore des raisons comme si j'étais coupable, Coupable si je ne vais pas la voir tous les jours, coupable quand je pars une semaine en vacances, coupable quand je la quitte le soir, coupable de vendre ses meubles pour m'aider à financer l'établissement, coupable de mettre la maison en vente, coupable vis à vis de mon mari qui m'accuse de passer trop de temps à gérer tout ça, coupable vis à vis de mes enfants que je ne vais pas voir dans la région parisienne.... Cette maladie atteint toute la famille et j'ai parfois l'impression qu'elle m'a rendue totalement insensible à tout ce qui n'est pas sa souffrance à elle. je comprends très bien ton amie, il n'y a que ceux qui vivent cela qui peuvent comprendre c'est pour cela qu'il est important de ne pas rester seul. Je sais que France Alzheimer m'a beaucoup soutenue, il ne faut surtout pas rester seul sinon on devient fou, on s'isole et on devient soi même malade! Combien d'aidants partent avant le malade qu'ils soignent, combien juste après? Ils tiennent tant qu'ils peuvent pour aider et puis tout à coup ils lâchent tout, comme une vieille voiture qui dit qu'elle ne peut plus aller plus loin!

    4
    Jeudi 21 Septembre à 16:44

    Écouter, c'est déjà beaucoup.

    Rien n'est jamais facile dans ces cas-là... Seuls ceux qui vivent ou ont vécu de telles souffrances peuvent comprendre et partager.

     

    Merci à Azalaïs pour son témoignage.

    5
    Jeudi 21 Septembre à 18:39

    pas évident ni pour elle, ni pour ses proches ... on a beau faire, on a beau dire ... écouter reste le mieux ... c'est l'addition de ce genre de cas vécus dans mon entourage qui m'a fait écrire mon article sur "le suicide assisté", jamais au grand jamais je ne veux imposer cela aux miens si d'aventure ma raison me fuit ... c'est cruel de devoir in fine abandonner la personne aimée alors qu'en réalité c'est elle qui n'est déjà plus là ... perdue dans sa ligne du temps ... mais qui épuise physiquement et moralement la personne qui par amour s'en occupe ...

    mes amitiés à vous deux . 

    6
    Jeudi 21 Septembre à 18:56
    Edmée De Xhavée

    C'est vrai que les remords et les excuses sont toujours sur le seuil. Les gens, de l'extérieur, voient les choses sans la passion qui s'y trouve quand on est en plein dedans. Leurs conseils sont rationnels et bien pensants, et totalement inadaptés en général. On se sent alors jugés, et on s'entend sortir les excuses qui ne "sonnent pas très convaincantes". Et alors on doute, on se demande si. Et c'est une ronde très inconfortable. Mais il faut arriver à faire ce qu'on faisait avant, le fameux examen de conscience. Et si on se sent apaisé après ce dernier, on ferme les écoutilles et laisse hurler la meute dehors : on fait ce qu'on croit et sent bien.

    7
    Vendredi 22 Septembre à 21:19

    c'est une maladie terrible ; elle a vacillé ; peut être qu'avant elle s'appuyait sur son mari. Son monde a été renversé. Elle a beaucoup de chance que sa soeur ait réagi. Bises et merci pour ton écoute auprès d'elle.

     

    8
    Samedi 23 Septembre à 10:19
    Daniel

    Ecouter, accueillir......C'est ça la bienveillance !!

    9
    Samedi 23 Septembre à 20:43

    Merci Gazou de ce témoignage très parlant.... ainsi qu'à celui très touchant d'Azalaïs !

    Pourvu que mon mari et moi et surtout mes enfants et petits enfants ne soient pas touchés de ce genre de terribles maladies..... très difficiles à vivre à chaque instant  par les proches ou les aidants bénévoles....

    Suis restée plusieurs années dans un établissement spécialisé, d'abord par le travail, puis en tant que bénévole et.... j'ai fini par littéralement me sauver, ne supportant plus ! Je me sentais glisser dans une sorte de déprime, une grisaille insupportable... Il a fallu une semonce de mon médecin pour me donner le courage de tout quitter, car je culpabilisais de laisser l'équipe de bénévoles et "mes" malades !

    Il faut savoir reconnaître ses limites et ça, ce n'est pas évident !

    Bisous

     

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