•   "Il m'a tendu la main et je l'ai aussitôt percé à jour.

    Ses  paroles ciselées mentaient, la masque brillant qu'il portait en guise de visage mentait. Mais sa main ne mentait pas : elle était froide , amorphe, froide et inerte comme un gros ver agonisant"

                                                            

                                                                  Imre Kertesz (Journal de Galère page 60) Actes Sud

     

    Comme j'aimerais savoir faire un portrait aussi percutant  en si peu de mots ?

     


    16 commentaires
  •   Mimétique, elle s'accordait à son interlocuteur et lui lançait à voix haute ce qu'il pensait tout bas. Chacun se faisait d'elle une image très différente.

      Ainsi pouvait-elle assouvir sa passion du mensonge. Elle se mentait aussi à elle-même. C'était une drogue. Elle employait toutes les armes de la séduction et devenait réellement l'autre : sa voix changeait, sa démarche, ses gestes, son vocabulaire, jusqu'à ce que l'autre soit en son pouvoir.

       Elle n'aimait à conquérir que pour mieux briser. Dès qu'elle arrivait en un nouveau lieu, elle commençait à se faire adorer. Toujours à la recherche d'une scène à sa mesure, elle fascinait. Elle s'enivrait de ses propres discours.  Elle aurait pu soutenir les thèses les plus contradictoires rien que pour le plaisir de suivre les méandres de ses phrases. Les mots lui ôtaient toute faculté de jugement et l'emportaient comme une musique. Elle était prise d'un vertige verbal. elle vivait réellement ses mensonges. Elle sentait la moindre résistance et n'avait de cesse qu'elle ne l'ait brisée.

      Il était difficile de ne pas la croire : elle posait sur vous un tel regard et savait trouver un si touchant accent ! Et elle se sentait si sûre d'elle et de son pouvoir que, même après avoir humilié quelqu'un et l'avoir blessé durement, il lui suffisait de redevenir charmeuse et grâcieuse pour que l'autre oublie  aussitöt le passé...D'ailleurs elle-même ne l'avait-elle pas oublié?  Sa naïveté alors était stupéfiante...Et si l'autre lui témoignait qu'il ne se laisserait pas posséder à nouveau, elle jetait bas son masque et le mépris succédait à la comédie qu'elle venait de jouer.

      Autour d'elle régnait toujours une atmosphère trouble et fatigante parce que trop éprouvante pour les nerfs...

      Elle n'aimait rien tant que le désordre et évoluait au gré de ses caprices et de ses fantaisies.

      Une seule arme pouvait l'atteindre : l'indifférence.


    18 commentaires
  •   Depuis longtemps, depuis toujours peut-être, il s'est installé dans le malheur...Et ne lui dites pas qu'il peut en sortir...Il y est , bien, comme dans un fauteuil.

      Il a décidé, une bonne fois pour toutes, que tout ce qu'il faisait aboutissait inévitablement à un échec.

    Et, ma foi, il n'a pas tort, cela se passe souvent ainsi.  Si le projet n'aboutit pas, pense-t-il, c'est évidemment parce qu'il n'a pas  ou qu'il n'est pas assez ceci, assez cela...Il oublie que, si l'on est deux dans un projet, l'échec est imputable à l'un comme à l'autre des partenaires et s'attribuant une importance exagérée, il nie que l'autre puisse avoir un rôle lui aussi.

      Il faut reconnaître que sa position a l'avantage de présenter un certain confort. Pourquoi  ferait-il le moindre effort puisqu'il sait que tout va se terminer par un échec...Autant s'installer paisiblement sur son canapé....Bien sûr, à longueur de journée, dans cette position, il s'ennuie un peu...Et l'envie d'entreprendre quelque chose lui revient...Et il se lance à l'aventure.

      Ainsi, l'autre jour, il invite une copine à venir avec lui à une réunion. Elle lui dit que son fils vient ce soir-là et qu'ils vont manger ensemble. Et voilà qu'en son for intérieur, il qualifie  sa tentative d'échec. Et la belle dame aura beau lui dire que, si elle avait été libre, elle l'aurait volontiers accompagnée, il ne la croira pas une seconde.

      Il y a quelque temps, cette expérience m'a été relatée :

    On laisse traîner un billet de banque à l'entrée d'un édifice public...Et l'on constate que les gens qui s'estiment chanceux aperçoivent le billet aussitôt. Et ceux qui pensent n'avoir jamais la chance pour eux passent à côté sans le voir....

    Et nous , saurons-nous le voir ce billet de banque, cette main tendue. Cette rencontre inattendue, saurons-nous l'accueillir ?


    24 commentaires
  • Elle avait peur qu'on l'oublie,
                 elle disait toujours:et moi?

    Elle se jetait à la tête des moniteurs
                   et provoquait leurs rires amusés.

    Elle trichait sans vergogne,
                   nécessité oblige,
                             il lui fallait ramener des bonnes notes.

    Elle voulait toujours commander.
                   Tyrannique,elle obligeait parfois ses amies
                         à délaisser la compagnie des autres
                                       pour lui donner la préférence
                                             à elle 
                                                     à elle seule.

    Les grandes personnes disaient:
    "quel affreux caractère,il faut la briser."
    Elle,elle les regardait souvent avec insolence,  
    La révolte habitait ses yeux.

    Les enfants de son äge,
                    plus clairvoyants,
                          l'acceptaient et même l'aimaient bien.
                              ils savaient 
                                    que ses caprices,
                                             ses élans désordonnés
                                                     n'étaient que des cris
                                                            de fillette mal-aimée.

    Pourtant,quand elle joua
                 en fin d'année,
                      une pièce de théâtre,
                              on la découvrit timide,
                                        chuchotante,
                                                  osant à peine se montrer.
    Un pan du voile venait de tomber.

    Le dernier jour de classe,
              elle enlaça très fort ses amis
                         et elle pleura.

    La maîtresse la regarda,
               telle qu'en elle-même pour la première fois.
                     Elle l'embrassa,tenta de la consoler
                              "tu les reverras tous tes amis,"lui dit-elle.
                                       -"Bien sûr,répondit la petite, mais pas assez"

    Pas assez,pas assez !
              allait-elle toute sa vie
                      prononcer ses mots-là
                                qui détruisaient tout ?
                                        Quelle rencontre la changera
                                                        et comblera ce manque?


    27 commentaires
  • Il est des gens silencieux
    et leur silence les auréole de mystère
    mais dès la première approche
    ils étonnent par leurt ransparence
    ils inquiètent même
    Vivre sans masque,est-ce donc possible?

    Il est des gens bavards,
    on les croit sans mystère
    mais leurs mots cachent un secret
    dont l'aveu serait mortel
    Ils prennent le masque de l'authenticité
    pour mieux cacher leur imposture.
    On les  croit reposants.
    Ils sont retors et charmeurs
    et tout au fond d'eux-mêmes
    ils tremblent.
    Jusques à quand les autres seront-ils dupes?

     

    Il est desgens qui restent flou
    et prennent parfois le masque de la méfiance
    pour occulter leur candeur naturelle
    et de naïfs qu'ils sont
    paraissent pleins de duplicité
    dans le regard d'autrui.

    Il est des sirènes qui enjolent
    et le soir pleurent et quémandent
    pour échanger leur queue de poisson
    contre un modeste foyer à chérir;
    On les croit triomphantes,
    étincelantes et orgueileuses,
    elles rêvent d'une vie ordinaire.

    Il est des êtres observateurs et sensés 
    Qui embrassent le monde entier
    dans leurs réflexion critique.
    Ils paraissent stables et mesurés
    mais une étoile en papier d'argent
    poussée par le vent 
    les entraîne et détruit leur équilibre.
    Le mât semblait solide et droit
    mais il était rongé à l'intérieur.

    Pauvres de nous,mal aîmés,mal compris,nous le sommes.
    restons modestes et fiers,
    le coeur et les yeux grand ouverts.


    23 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique