•   Silencieux,le peintre dévisage son modèle.

      Il hésite,il retouche.
      Le modèle fixe le peintre qui le regarde
      Que déchiffres-tu en moi? Que vas-tu me révèler? Je t'interroge et tu m'interroges. 
      l
      Le silence devient de plus en plus dense,impalpable,et répond à cette double interrogation.
      Dis-moi quel charme m'attire en ta présence et  me fait accepter ces séances de pose que tu m'imposes?
      Est-ce de te voir aussi fasciné par cette image de moi que j'ai trouvée jusqu'alors si ordinaire,est-ce ta propre fascination qui me fascine à mon tour? Où cherches-tu à m'entraîner?
    -Ce qui me captive ,dit le peintre,c'est d'assister à ta métamorphose,c'est le plus profond de toi que je veux cerner et faire apparaître sur ma toile.

      Le lendemain,le dialogue reprend:
    -Le tableau est trop sombre,dit le peintre,je vais l'alléger par une tâche claire,avance ton bras;
      Docile, le modèle s'exécute...Le temps s'écoule...Le peintre est toujours à l'affût,en quête de cette trace invisible qui lui permettra de toucher le mystère....
      Mais le voilà qui se lasse:"j'ai trop espéré"
    -En quoi t' ai-je déçu?
    -J'ai trop rêvé de toi....Tout ce que j'ai cru voir en toi,c'est moi qui l'ai inventé,imaginé,créé...Je me suis trompé...Le soir vient et je te vois telle que tu es: ordinaire, seulement ordinaire.
     

    -Ne me regarde plus,regarde ta toile...Je suis ordinaire,cela est vrai...mais grand est ton talent.J'admire la femme mystérieuse qui a pris place sur ton tableau.Elle me ressemble mais elle n'est pas moi...Elle est ce que je pourrai être si....
    -Ce que tu serais,oui, si tu ouvrais ta cage.
    Où est le réel,où est le rêve?
    J'ai rêvé de toi,j'ai matérialisé mon rêve et je t'ai fait naître plus belle, toujours nouvelle.


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  • laflamme02  J'écoute Hélène Laflamme parler de sa peinture.  J'ai emprunté une vidéo à la médiathèque et c'est ce qui me permet ce soir là d'approcher cette artiste et je la sens si habitée par sa recherche que j'en oublie mes propres inquiètudes.

    Depuis plus de 20 ans, elle habite  Crest,une petite ville de La Drôme près de chez nous.

    Née au Canada, après avoir beaucoup voyagé, elle est venue s'installer là.

    Elle n'est pas mondaine, elle ne cherche pas à faire carrière, elle ne sait pas faire ...Et puis, dit-elle, je ne peux pas être à mon travail et courir les galeries.

     

     

     "J'ai toujours dessiné, colorié....J'ai eu très tôt un atelier...J'ai commencé par le dessin à la plume..Ce n'est que vers Trente ans que j'ai commencé la peinture à l'huile sur des supports en bois, selon une technique qui ressemble à celle des icones.

     

    Un bon peintre,c'est quelqu'un qui sait regarder. Je passe de longues périodes où je regarde et

    puis je travaille et alors c'est très intense . Mais d'abord , il faut se remplir et regarder.

     

    C'est ce qui se passe sur le tableau qui me fait bouger...Au départ, il y a toute la liberté,même si, ce qui est rare, j'ai une idée en tête....

    Quand je travaille, je ne dois pas être dans la volonté, je dois lâcher, je dois être à l'écoute.

     

    Toute la peinture, c'est du trompe l'oeil pour exprimer le vrai.On passe par le faux pour toucher le vrai, les choses difficiles de la réalité"

     

    On peut voir quelques-unes de ses oeuvres , à la galerie Claudine Legrand , à Paris

     


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  • 20100510_10052010_07.JPGL

    20100510_10052010_09.JPG   Lors de ma journée à Lyon, après avoir bien profité de l'exposition des frères Van Velde, je suis allée me promener dans la ville, le long des quais de la Saône.

    J'ai admiré les murs peints..

    J'ai visité l'église des Cordeliers  que je trouve très belle           

    20100510_10052010_15.JPG

     

    Je réalise que je ne vous ai pas parlé de Geer , le frère de Bram...Or son oeuvre est tout aussi importante que celle de son frère...Ce qui les différencie peut-être, c'est l'importance  que Geer donne au dessin alors que pour  Bram, l'idée d'analyser, de saisir par le trait lui est étrangèreimg010 Après avoir travaillé très jeune, comme son frère, dans une entreprise de peinture, Geer se fixe à Paris.

    Influencé par Matisse, Bonnard, Villon...il use de lignes droites, de gros traits noirs pour délimiter les zones du dessin...Il s'orientera ensuite lui aussi vers l'art abstrait et fut, comme son frère, ami de Samuel Beckett;


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  • C'était un grand silencieux mais quand même il lui arrivait de dire quelques mots

     

    "Je chante ma misère.Mes toiles sont des chante-misère"

     

    "La peinture va vers la destruction...la destruction de tous les écrans, de tout ce qui empêche de voir"

     

    "Les contrariétés et les drames ont leur importance, leur nécessité. Il faut savoir ne pas s'y soustraire"

     

    "Non, je ne dessine pas.Dans le dessin, on sait toujours plus ou moins où l'on va. Il n'y a pas d'aventure. Moi, il me faut le saut dans l'inconnu"

     

    "Un tableau, c'est un effort vers la source, une recherche du mystère de la vie avec l'être tout entier"

     

    "Il faut savoir se mettre en danger. Qu'il n'y ait plus de défense. Ni contre le dehors, ni contre le dedans"

     

    "Peut-être l'artiste souffre-t-il d'un manque d'être. C'est par son travail qu'il s'emploie à le combler, qu'il cherche à être. Mais il a bien conscience qu'il ne vit pas, qu'il n'est pas dans la vie"

     

    "Moins on pense, mieux c'est"

     

    "Plus on sait, moins on est"

     

    "Dans ce monde qui m'écrase, je ne peux que vivre ma faiblesse. Cette faiblesse est ma seule force"

     

    "Peindre, c'est vivre. en peignant, je repousse ce monde qui empêche la vie et où on risque constamment d'être écrasé"


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  • img004.jpg

    Ce lundi, me voilà partie pour Lyon..J'avais envie de voir l'exposition de Bram  et Geer Van Velde...

    Ce qui m'a frappé, plus encore peut-être que les tableaux, c'est la vidéo qui nous le montre déjà âgé, sous la caméra de J M Maurice...

    Un groupe d'une dizaine de personnes est entrée en même temps que moi dans la petite salle, pour la regarder...Beaucoup sont ressortis rapidement...Il faut dire qu'il est difficile de suivre ses propos...Il y a de longs silences...Et le suivre dans ses méandres intérieurs demande beaucoup d'attention...Mais ce qui m'attire en lui, c'est son regard...Tant de vie, tant de lumière, tant de force dans ce regard, dans ce visage émacié, dans ce corps affaibli par l'âge

     

     

    Il commence par par la peinture figurative et s'en détache peu à peu pour aller à la recherche d'une image intérieure

    et ses tableaux deviennent des assemblages de  formes aux configurations insolites

     

     

     

     "J'ai tout quitté, c'est la peinture qui l'a exigé, c'était tout ou rien" dit-il             

     

     

     

      Devant sa toile, il est comme devant un labyrinthe..et tant qu'il n'est pas assez vivant, il peine à s'y mettre car c'est comme entrer dans un labyrinthe ,dit-il...et ce qu'il va trouver c'est lui-même dans toute sa misère...Il veut descendre , dans ses profondeurs  à lui-même cachées...

    Il travaille dans un dénuement extrême, il a très peu d'outils dans son atelier. son atelier qui a longtemps été un garage....Le liquide, le fluide l'attirent car la vie elle-même est fluide, instable, insaisissable

    .img008.jpg

     

     "Quelque chose veut sortir de moi, quelque chose qui ne peut pas ne pas être"

     

    Je vous reparlerai de lui peut-être car je suis encore sous son emprise...Je relis le livre que Charles Juliet a écrit  après ses nombreuses rencontres avec lui...Lui aussi est frappé par son regard

     

    "Un homme intensément présent.Ses yeux brillent avec une acuité extraordinaire et pourtant ailleurs en proie à ce qui l'habite; De grands silences très denses qui font résonner les quelques mots qu'il prononce"

     

    "Je me sens incapable de traduire ce que je ressens face à lui, ce surcroît de vie qui afflue en moi sous l'action de ses propos.....Avec lui, toute conversation est impossible, l'échange s'effectue plus par les silences que par les mots"  (rencontres avec Bram Van Velde aux éditions Fata Morgana)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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