•   "Nul besoin d'aller en Amazonie pour écrire ni d'avoir fait des guerres : il suffit de capter le murmure incessant des mots, dans une rue, dans une chambre, par-dessous le bavardage : le presque rien qui change le sens du tout. On écrit avec ce que l'on ignore. Trop de savoir empêche. On écrirait plutôt pour connaître. Des mots inconnus surviennent. On n'a pas nécessairement la patience ni le goût de leur demander leur identité. L'oeuvre n'est qu'un exercice, un long tâtonnement, une danse d'attente qui par hasard, à des moments très rares, permet de dire ce qu'il y avait à dire. Nul ne s'en rend compte. Et l'auteur peut-être pas. De toute manière, ce n'est qu'un provisoire repos.

     

      Impossible de se bâtir un royaume et d'échapper aux blessures ni d'observer, tapi, ni même de se prêter à l'expérience comme à un jeu. Cela doit vous tomber dessus. Les livres qui ne saignent pas ne sont pas vrais. Avoir vu naître et mourir, être mort en autrui, aimer, avoir aimé, avoir été trahi, torturé par l'absence et le mensonge; avoir maudit, avoir pardonné, avoir oublié le pardon, un jour envelopper de la même amitié ceux qui vous aiment, ceux qui vous blessèrent presque à mort, en gardant la déchirure ouverte, porter en soi en même temps la révolte et la paix souveraine, alors il peut arriver parfois qu'un chant profond s'élève...Qui ne comprend dans la chair et l'esprit que la douleur est aussi joie, ne serait-ce que par la transmutation de l'écriture, n'a jamais vécu que dans un monde d'apparences et n'a jamais écrit même s'il a beaucoup publié.

     

      La vocation ultime de l'activité créatrice qu'est l'écriture est de rendre la vie transparente"

     

                                  Jean Sulivan (Pages chez Gallimard pge 114r


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  • Pour la Petite Fabrique d'Ecriture

     

    Jour après jour

    j'apporte ma pierre

    sans tapage

    sans impatience

    mais avec constance

    je l'édifie ma cathédrale.

     

    J'apporte ma pierre

    je la joins

    à celle de la veille

    et parfois je m'émerveille

    de la voir si bien accordée

     

    J'avance

    il n'est pas de chemin

    ce sont mes traces

    qui font le chemin.

     

    De première fois en première fois

    j'élargis mon horizon

    je repousse les murs de ma prison

    j'abats les interdits.

     

    Je cueille ce que le jour me donne

    je l'associe

    à tous les autres

    qui, comme moi,

    construisent la cathédrale.

    Ensemble nous avançons,

    nous apportons

     nos pierres,

     nos mots.


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  •   Son mari la délaissait depuis longtemps, m'avait-elle raconté...

     

    Et voilà qu'un jour, elle rencontre un ami qui, à son grand étonnement, devint son amant.

     

    Et sans qu'elle n'en ait rien dit, sans qu'il n'en ait rien su, voilà que son homme revient à elle, redevient gentil, prévenant, attentif.

    Et elle sent bien que cela va durer...

    D'autant plus que, elle, se sentant aimée dvantage, n'éprouvant plus cette frustation permanente qui la maintenait souvent dans une colère et une fatigue lancinantes, elle peut encourager sa gentillesse....

     

    Et je songe à tous ces échanges qui ont lieu entre les êtres, sans le secours des mots.

    Quel mystère ! Parfois, ce que l'autre nous dit, sans aucune parole, nous touche davantage parce que nos gestes, nos attitudes ne peuvent mentir...Pourtant les mots sont nécessaires, à nous de savoir les garder authentiques. 

     


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  • Lancinante la ritournelle

    Toujours présente

    dès le petit matin

    elle recommence

    et elle revient

    et encore elle revient.

     

    Ils s'échappent les mots

    les mots meurtriers

    Ils s'échappent et surprennent

     les lèvres, la bouche

    qui les murmure....

     

    .J'ai envie de mourir 

    dit la bouche

    et elle le dit et le redit...

    Ces mots ont-ils été pensés

    ou seulement ressentis?

     

                            Parce que

     

    Trop de froidure,

                             le feu n'est que cendres.

     

                                    Trop de solitude 

                                         malgré la multitude

                          

    Mais la flamme est toujours là

                       faible et ténue

    elle n'attend que d'être rallumée

    pour rassembler autour d'elle

                       les vivants.

                                   


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  •   Nous marchions ensemble de façon régulière depuis plusieurs années déjà et elle, je la connaissais et nous étions amies depuis plus longtemps encore et, tout en marchant, je me disais : avant, nous avions toujours quelque chose à nous dire, nos échanges étaient riches...A présent, tout en demeurant polie et agréable, je sens bien qu'elle vient beaucoup moins vers moi..Je ne sais pas ce qui s 'est passé... il n'y a jamais eu le moindre conflit entre nous....

      Je marchais seule et j'en étais là de mes réflexions lorsque je la vis me rejoindre et me demander si j'avais vu ce film qu'elle, elle avait beaucoup aimé..Or justement, je l'avais vu...Et nous voilà dans l'échange de nos impressions, tout comme avant.

      Ce n'est pas la première fois que cela m'arrive...C'est comme si elle avait eu accès à mes pensées intérieures et qu'elle ait voulu me démontrer que je n'avais aucune inquiètude à avoir et que nos liens d'amitié résistaient au temps...

    Mais d'ordinaire, c'est plutôt moi qui ait l'impression de deviner l'autre et de percer son silence. Il est vrai que je peux ne pas avoir conscience de ce que l'autre perçoit de moi,de ce que je lui laisse voir et entendre de moi sans même prononcer une parole.

      De toute façon, ces intuitions , si fulgurantes soient elles, demandent toujours à être vérifiées ...  IL est tellement facile de projeter sur l'autre nos propres pensées et de les lui attribuer en toute bonne foi.


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