• Vous dites:
    Les mots nous trahissent
    Taisons-nous donc!

     

    Et moi,je crie: " non,je vous en prie,
    Ne vous enfermez pas dans le silence,
    il vous brise et vous tue à petit feu."

     

    Les mots nous limitent , certes !
    Ils nous laissent toujours insatisfaits
    mais la prison du silence
    est plus meurtrière encore.

    Oui, je sais,c'est d'absolu que nous avons soif,
    c'est l'ineffable,c'est l'indicible,
    c'est cela seulement
    qui est à notre mesure.
    Et seul le silence peut en être le témoin.

     

    Mais ce silence qui vient avant  les mots
    ne nous enferme pas.

    Au contraire
    C'est lui qui va nous inspirer le mot juste.

     

    Après avoir écrit ce texte, je découvre ce passage dans "Lucienne" de Jean-Michel Berardi : livre dont " Kasimir" nous a déjà parlé et dont il a illustré la page de couverture...

     

    "le silence, c'est comme une prison que l'on construit autour de soi, petit à petit, barreau après barreau, et si le silence dure trop longtemps, quand on veut en sortir, on ne peut plus ! On  est enfermé, on ne trouve plus la porte parce qu'il n'y en a plus, on ne trouve plus les mots pour ouvrir la cage.  et alors là, il faut drôlement de courage et de volonté pour tordre les barreaux. Il y en a qui se résignent et qui se taisent pour toujours, il y en d'autres qui se mettent à crier et d'autres qui partent..."

     

     


    20 commentaires
  • Elle se méfiait des mots

    Et pourtant elle les aimait

    Pas tous

    Pas n'importe lesquels

    Pas les mots passe-partout

    Les mots-clichés

    Les mots prisons

    Les mots délavés

    Les mots désincarnés

    Les mots trompeurs

    les mots meurtriers.

     

    Elle aimait les mots à la forte moelle

    Les mots chair et os

    Le smots passerelle

    Ceux qui libèrent

    Ceux qui redressent

    Ceux qui désarment

    Ceux qui chassent la peur et la violence

    Les mots chaleureux et tendres

    Al a vibrante matière

    Ceux qui ruissellent de vie.

     

    Oui, les mots qui donnent la vie

    Ceux-là, elle les aimait.


    18 commentaires
  • "Il faut toujours dire à l'autre ce qui ne va pas.

     

     C'est cela qui le maintient en chemin.

     

    Mais souvent parce qu'on sait qu'on va faire mal à l'autre, on tombe dans le piège du diable qui dit :"tout doit rester dans l'harmonie !"

     

    Et sous ce prétexte d'harmonie, tout le monde commence à mentir. Par contre, dès que la vérité est posée au milieu des deux, la vie devient une aventure et pas un bon coin chaud où on s'endort"

     

                                                  Graf Durkheim   (Le centre de l'être)

     


    34 commentaires
  • Elle ne parlait pas
    Non,elle n'était pas muette
    Simplement,elle avait choisi de se  taire
    non pour accroître son mystère
    mais elle se méfiait.
    Elle se méfiait des mots
    des mots qui enfermaient
    des mots qui étiquetaient
    des mots qui sonnaient faux
    des mots qui limitaient.
    Elle voulait garder ouvert
    tout le champ des possibles
    Elle voulait l'impossible.
    Un mur de silence lui déroba l'horizon
    et pour sortir de sa prison
    elle ne trouva qu'une seule issue
                     le cri
    un cri sauvage et inarticulé
    qui de l'abîme dont il était venu
    s'éleva dans les airs
    et brisa le silence.
    et pour guérir la blessure
    qui s'ouvrait
    elle découvrit le baume des mots.
    Les mots qui se pressaient
    se bousculaient inquiets,étonnés.
    Elle parla,elle respira,
    elle découvrit la liberté
    et quand elle eut épuisé 
    le trésor que les mots lui offraient
    elle retourna au silence
    non plus un silence morne et aphone
    mais un,bruissant de signes
    et ruisselant d'espérance.
    et dans un va et vient fructueux
    elle enveloppa ses mots de silence

     

    et du silence jaillirent en transparence

    des mots nouveaux


    23 commentaires
  • "L'écriture est depuis toujours pour moi un chemin et une réparation. J'ai l'impression en écrivant de restaurer quelque chose. La vie de mon grand-père paternel avait été volée ppar le travail, celle de ma grand-mère maternelle par la maladie. Elle fut en effet enfermée très jeune à l'hôpital psychiatrique pour paranoïa. Bien avant mes parents, quelqu'un avait donc commencé un chemin qui n'avait pas pu se poursuivre à cause du mensonge du monde. C'est ce chemin-là que je voudrais rouvrir. Adoescent, quand j'écrivais, la photographie du visage de ma grand-mère était devant moi, sur ma table de travail. La première plaquette,Le feu des chambres,a été imprimée à l'atelier d'imprimerie de l'hôpital de Dijon où était ma grand-mère.  L'écriture, ce sont des filiations comme ça. Les gens nous dictent quelque chose . Quelqu'un,  dans les générations précédentes, m'a mis la main à la plume . Est-ce qu'on peut consoler un mort ? Moi, je crois que oui.

    Par l'écriture entre autres. Il n'est peut-être jamais trop tard pour consoler quelqu'un."

     

    .                                                                                                                Christian Bobin


    27 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique