• Elle se méfiait des mots

    Et pourtant elle les aimait

    Pas tous

    Pas n'importe lesquels

    Pas les mots passe-partout

    Les mots-clichés

    Les mots prisons

    Les mots délavés

    Les mots désincarnés

    Les mots trompeurs

    les mots meurtriers.

     

    Elle aimait les mots à la forte moelle

    Les mots chair et os

    Le smots passerelle

    Ceux qui libèrent

    Ceux qui redressent

    Ceux qui désarment

    Ceux qui chassent la peur et la violence

    Les mots chaleureux et tendres

    Al a vibrante matière

    Ceux qui ruissellent de vie.

     

    Oui, les mots qui donnent la vie

    Ceux-là, elle les aimait.


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  • "Il faut toujours dire à l'autre ce qui ne va pas.

     

     C'est cela qui le maintient en chemin.

     

    Mais souvent parce qu'on sait qu'on va faire mal à l'autre, on tombe dans le piège du diable qui dit :"tout doit rester dans l'harmonie !"

     

    Et sous ce prétexte d'harmonie, tout le monde commence à mentir. Par contre, dès que la vérité est posée au milieu des deux, la vie devient une aventure et pas un bon coin chaud où on s'endort"

     

                                                  Graf Durkheim   (Le centre de l'être)

     


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  • Elle ne parlait pas
    Non,elle n'était pas muette
    Simplement,elle avait choisi de se  taire
    non pour accroître son mystère
    mais elle se méfiait.
    Elle se méfiait des mots
    des mots qui enfermaient
    des mots qui étiquetaient
    des mots qui sonnaient faux
    des mots qui limitaient.
    Elle voulait garder ouvert
    tout le champ des possibles
    Elle voulait l'impossible.
    Un mur de silence lui déroba l'horizon
    et pour sortir de sa prison
    elle ne trouva qu'une seule issue
                     le cri
    un cri sauvage et inarticulé
    qui de l'abîme dont il était venu
    s'éleva dans les airs
    et brisa le silence.
    et pour guérir la blessure
    qui s'ouvrait
    elle découvrit le baume des mots.
    Les mots qui se pressaient
    se bousculaient inquiets,étonnés.
    Elle parla,elle respira,
    elle découvrit la liberté
    et quand elle eut épuisé 
    le trésor que les mots lui offraient
    elle retourna au silence
    non plus un silence morne et aphone
    mais un,bruissant de signes
    et ruisselant d'espérance.
    et dans un va et vient fructueux
    elle enveloppa ses mots de silence

     

    et du silence jaillirent en transparence

    des mots nouveaux


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  • "L'écriture est depuis toujours pour moi un chemin et une réparation. J'ai l'impression en écrivant de restaurer quelque chose. La vie de mon grand-père paternel avait été volée ppar le travail, celle de ma grand-mère maternelle par la maladie. Elle fut en effet enfermée très jeune à l'hôpital psychiatrique pour paranoïa. Bien avant mes parents, quelqu'un avait donc commencé un chemin qui n'avait pas pu se poursuivre à cause du mensonge du monde. C'est ce chemin-là que je voudrais rouvrir. Adoescent, quand j'écrivais, la photographie du visage de ma grand-mère était devant moi, sur ma table de travail. La première plaquette,Le feu des chambres,a été imprimée à l'atelier d'imprimerie de l'hôpital de Dijon où était ma grand-mère.  L'écriture, ce sont des filiations comme ça. Les gens nous dictent quelque chose . Quelqu'un,  dans les générations précédentes, m'a mis la main à la plume . Est-ce qu'on peut consoler un mort ? Moi, je crois que oui.

    Par l'écriture entre autres. Il n'est peut-être jamais trop tard pour consoler quelqu'un."

     

    .                                                                                                                Christian Bobin


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  •   "Nul besoin d'aller en Amazonie pour écrire ni d'avoir fait des guerres : il suffit de capter le murmure incessant des mots, dans une rue, dans une chambre, par-dessous le bavardage : le presque rien qui change le sens du tout. On écrit avec ce que l'on ignore. Trop de savoir empêche. On écrirait plutôt pour connaître. Des mots inconnus surviennent. On n'a pas nécessairement la patience ni le goût de leur demander leur identité. L'oeuvre n'est qu'un exercice, un long tâtonnement, une danse d'attente qui par hasard, à des moments très rares, permet de dire ce qu'il y avait à dire. Nul ne s'en rend compte. Et l'auteur peut-être pas. De toute manière, ce n'est qu'un provisoire repos.

     

      Impossible de se bâtir un royaume et d'échapper aux blessures ni d'observer, tapi, ni même de se prêter à l'expérience comme à un jeu. Cela doit vous tomber dessus. Les livres qui ne saignent pas ne sont pas vrais. Avoir vu naître et mourir, être mort en autrui, aimer, avoir aimé, avoir été trahi, torturé par l'absence et le mensonge; avoir maudit, avoir pardonné, avoir oublié le pardon, un jour envelopper de la même amitié ceux qui vous aiment, ceux qui vous blessèrent presque à mort, en gardant la déchirure ouverte, porter en soi en même temps la révolte et la paix souveraine, alors il peut arriver parfois qu'un chant profond s'élève...Qui ne comprend dans la chair et l'esprit que la douleur est aussi joie, ne serait-ce que par la transmutation de l'écriture, n'a jamais vécu que dans un monde d'apparences et n'a jamais écrit même s'il a beaucoup publié.

     

      La vocation ultime de l'activité créatrice qu'est l'écriture est de rendre la vie transparente"

     

                                  Jean Sulivan (Pages chez Gallimard pge 114r


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