• Il me presse
    me harcèle de questions.

    Quand?
    Pourquoi?
    Comment?
    Avec qui?
    Avec quoi?

    Je ne sais que répondre
    Les mots s'enfuient
    Aucun ne peut dire
    ce que je ressens.
    Ils sont vides,
    irréels, absents;

    Qu'il se taise
    Qu'il cesse d'interroger !

    Je l'invite à entrer
    dans le pays de René Char
    "Dans mon pays, dit-il,
    on ne questionne pas
    un homme ému"

    Le silence seul peut parler.


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  • C'est le repas. La conversation va bon train....
    La conversation s'envenime entre mes deux voisins, chacun persuadé que ses arguments sont meilleurs que ceux de l'autre...
    Chacun raisonne...Il n'y a plus d'écoute...Car écouter, c'est entendre aussi ce qui se dit derrière les mots...Et là, il y a seulement un désir de s'affirmer...
    Et moi, sans en être consciente tout à fait, je m'évade, je m'enfuis loin de là...A quoi bon parler si l'autre n'écoute pas?

    Un peu plus tard, l'un vient me prendre à témoin :"tu as entendu ce qu'il m'a dit?"
    Je suis un peu ahurie, je n'ai pas entendu ces mots que l'autre lui a dit et  qu'il a pris pour une insulte...Etais-je à la cuisine à ce moment-là?  Je ne sais pas...
    Je lui fais remarquer que les paroles que lui, il lui avait adressées auparavant, ses paroles-là, bien que n'étant pas une insulte, l'avaient certainement profondément blessé car elles avaient touché une  faille en lui, un désir jamais réalisé et il ne se reconnaissait pas dans l'image qu'elle donnait de lui...
    Mais mon interlocuteur ne veut rien entendre, il est trop blessé...
    Je lui dis encore que ce que l'on dit , dans un moment d'énervement, souvent  ne correspond pas à ce que l'on pense vraiment et qu'il vaut mieux oublier ces mots malencontreux, mais il estime  que c'est trop facile de toujours excuser les autres et qu'à trop vouloir les comprendre, on se laisse prendre pour un imbécile...
    Je ne dis plus rien...


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  • Un de mes lecteurs me dit qu'il ne connaît pas ce poète dont j'ai parlé dans l'article "Hawwa"
    J'ai retrouvé cet entretien (Le continent humain aux éditions parole d'Aube)
    "L'écriture qui ne serait pas un vrai partage ne me concerne pas. Je pense donc à ma façon au lecteur, je le convie chaque fois à une aventure tout aussi aventureuse et exigeante que la mienne. Je ne veux pas d'un consommateur pressé et souvent distrait. J'imagine plutôt un être qui vient à moi avec ses questionnements, sa brûlure, sa disponibilité.. Ce n'est que lorsque cette rencontre s'opère que l'oeuvre littéraire prend , à mon avis, la plénitude de sa fonction et de sa signification....Nombreux sont les gens ordinaires que le système dominant n'a pas réussi à alièner et qui défendent la part du rêve et de la créativité qui est en eux....
    Je dois tout à l'écriture. en lui restant soumis et fidèle, je suis devenu de plus en plus libre. En acceptant ses rigueurs, j'ai pu forger la mienne . En allant quotidiennement à son rendez-vous, je me rends vraiment présent à moi-même et au monde, je suis à l'écoute des voix qui vont emprunter ma voix, je reçois la vie comme un don et je m'empresse d'en restituer l'offrande"  Laabi

    Et voici un de ses poèmes (dans Mon cher double aux éditions La Différence)
    Avec lui
    je perds mon humour
    qui paraît-il
     réjouit mes amis
    Fustiger la bêtise
    la sienne y comprise
     et tous les jours que diable fait
    n'est donné
    qu'à une poignée d'élus
    Pourtant
    et c'est là que réside mon orgueil
    je pense que ma candidature
    n'est pas usurpée
    j'ai découvert cette propension
    sur le tard
    et suis navré de la voir réduite
    à la portion congrue
    à cause d'une ombre
    fantasmée si ça se trouve
    alors que faire?


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  • "Le tout est de tout dire et je manque de mots
    Et je manque de temps et je manque d'audace
    Je rêve et je dévide au hasard mes images
    J'ai mal vécu et j'ai mal appris à parler clair
    Tout dire les rochers de la route et les pavés
    Les rues et leurs passants
    Les champs et les bergers
    Le duvet du printemps,la rouille de l'hiver
    Le froid et la chaleur composant un seul fruit."

    Paul Eluard


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  • Elle ne parlait pas
    Non,elle n'était pas muette
    Simplement,elle avait choisi de se  taire
    non pour accroître son mystère
    mais elle se méfiait.
    Elle se méfiait des mots
    des mots qui enfermaient
    des mots qui étiquetaient
    des mots qui sonnaient faux
    des mots qui limitaient.
    Elle voulait garder ouvert
    tout le champ des possibles
    Elle voulait l'impossible.
    Un mur de sileence lui déroba l'horizon
    et pour sortir de sa prison
    elle ne trouva qu'une seule issue
    le cri
    un cri sauvage et inarticulé
    qui de l'abîme dont il était venu
    s'éleva dans les airs
    et brisa le silence.
    et pour guérir la blessure
    qui s'ouvrait
    elle découvrit le baume des mots.
    Les mots qui se pressaient
    se bousculaient inquiets,étonnés.
    Elle parla,elle respira,
    elle découvrit la liberté
    et quand elle eut épuisé 
    le trésor que les mots lui offraient
    elle retourna au silence
    non plus un silence morne et aphone
    mais un,bruissant de signes
    et ruisselant d'espérance.
    et dans un va et vient fructueux


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