•     Des pleurs de ma mère

        et de ses peurs amères

        qui l'envahissaient et

        anesthésiaient sa sensibilité

        et l'autorisaient

        à me dresser

        des buissons d'interdits

        pour empêcher la vie,

        je me souviens

        

        Des colères de mon père,  

         de sa fatigue continuelle   

         dûes à trop de travail,

         de sa toux persistante,

         qui le faisaient s'étouffer...

         De sa bonté énorme

         qui ne pouvait s'exprimer

         que par à coups

         et dont il avait honte 

         car elle le rendait fragile    

         et beaucoup trop docile

         De tout cela

         je me souviens toujours   

         car j'en ai hérité...

     

         Et cet héritage

         je ne peux le renier,

         il est mien .

         A moi

         d'en faire jaillir

         des pépites d'or.

        


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  • Je retrouve des notes écrites il y a un peu plus de 20 ans, exactement en juillet 92.

    Je venais de faire un stage de clown.

    D'abord, je décris nos deux animateurs.

     

    Il était grand et blond. dans le dos une très fine queue de cheval très longue.

    Elle, elle était aussi petite et menue que lui était grand et vigoureux.

    Elle avait elle aussi de grands cheveux qui pendaient sur ses épaules et qu'elle réunissait en nattes

    ou en queue de cheval.... Elle était très brune...

    Il se présenta, il venait des pays froids au Nord.

    Elle, elle était bien de chez nous, elle respirait le soleil du midi, avec un rire très peuple, très sincère,

    un rire sans apprêt.

    Il se présenta : j'ai fait l'école Lecoq et c'est là que jen l'ai rencontrée, dit-il en se tournant vers elle.

     

    Ayant dit cela, il n'avait plus rien d'autre à dire...

    Et il y eut un silence...L'amour qui les unissait devint une présence tangible, visible...

    Elle attendait croyant qu'il allait poursuivre...

    Il lui fit signe de prendre le relais.

    Elle le regarda étonnée...car, enfin, c'était lui l'animateur... Sur les papiers de présentation du stage

    elle n'était pas mentionnée . Mais puisque tel était son désir, elle prit la parole.

     

    Heureusement, ils étaient deux, car quinze stagiaires c'est beaucoup...

    Peu de paroles : ils nous demandèrent chacun à notre tour de fermer les yeux et de courir :

    ils étaient là pour nous rattraper...On pouvait oser et faire confiance à soi-même d'abord,

    aux deux animateurs et au groupe.

    Il allaient de stage en stage, de spectacle en spectacle, de ville en ville, d'un groupe à un autre groupe,

    et ils apportaient leur sourire, leur malice, leur goût du jeu et du merveilleux et la vie retrouvait sa saveur.

    Les êtres qu'ils rencontraient osaient laisser briller leurs yeux et devenaient beaux.

    Il se donnaient à voir la terre avec des couleurs plus gaies et plus tendres.

    Ils vous lavaient les yeux avec de la lumière.

    Ils ne niaient pas la réalité.

    Par le rire ils rejoignaient le pathétique., ils le rendaient respirable.

    Ils vous apprenaient la vie, avec eux, elle retrouvait sa saveur.

     

    I LOVE YOU, C'EST MOI SIMPLET.

    Ces mots, pour moi, resteront liés au stage.

    Ce dernier exercice, je suis heureuse de l'avoir vécu, même maladroitement...Je n'osais pas me laisser aller.

    De quoi avais-je peur? Je ne le sais vraiment pas.

    Je ne peux pas avoir peur de me montrer telle que je suis, c'est mon désir le plus cher.

    Je n'ai pas peur du ridicule non plus, je crois...

    J'ai peur seulement de ne pas être acceptée...

    Et quand un matin Tinou m'a dit : tu es très ouverte, tu es vraiment sympathique

    alors que, moi, je me reprochais de me rétracter et de ne pas savoir profiter de toutes les richesses qui m'étaient offertes pendant ce stage e t de ne pas donner grand chose de moi non plus, elle m'a fait beaucoup de bien.

    Evanouis mes complexes, enfin presque..Evanoui le sens trop aigu de mes limites et de mes maladresses...

    Dommage que le stage finisse ce lundi...Je commençais juste à être en état de le vivre pleinement,me disais-je.

    Mais la vie continue.Et ce petit Simplet que j'ai pu concrétiser...je le tiens très précieusement en moi, je veux le garder bien vivant car dès que je pense à lui, mes yeux s'emplissent de lumière et je peux m'aimer telle que je suis et bizarrement et en dépit des apparences, je me sens devenir plus intelligente car plus encore branchée sur l'essentiel...

    Qu'est-ce qui donne sens à la vie d'un handicapé?

    Uniquement sa capacité d'aimer...

    Il lui est impossible de se méprendre...

    Les personnes qui ont vu notre petit spectacle et qui me connaissent un peu m'ont toutes dit  que ce personnage m'allait à merveille et cela m'a fait plaisir mais je n'avais pas l'impression de jouer  tant il m'est infiniment présent...Et à le laisser paraître au grand jour, j'y ai trouvé un  grand apaisement comme si cela me lavait les yeux de tout ce qui me blesse..Je peux avec lui me débarrasser de ce besoin obsédant d'analyse, de tous ces pourquoi qui m'anéantissent car je n'ai pas de réponse...

    Avec lui tout est simple et cela est bon et rafraîchissant.

    Il m'est précieux...Cependant, ce n'est pas une révélation. Je savais , pour avoir revu "LA Strada" il y a quelques mois, que je voyais le monde avec les mêmes yeux que Gelsomina. Mais j'avais besoin qu'une preuve extérieure à moi-même vienne me confirmer dans mon intuition...

    Maintenant , je crois que je pourrai me rafraîchir au contact de ce petit clown qui vit en moi et en faire profiter les autres.

    Je découvre que être clown cela ne peut pas être seulement sur une scène (ou alors ce n'est pas intéressant)

     C'est tout un art de vivre, une façon d'appréhender la vie, de la colorer plus amplement


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  • J'avais seize ans.

    Je mangeais très peu et je ne parlais pas davantage.

    Je pouvais rester une journée sans dire un seul mot.

    Je trouvais que les gens disaient tant de mensonges et de méchancetés

    que ce n'était pas la peine, par inadvertance, d'en ajouter

    et que le silence était préférable.

    Je m'étais construit un monde imaginaire

    où les gens parlaient à coeur ouvert, en toute franchise,

    où les gens chantaient en toutes saisons, à toute heure du jour,

    un monde où la tromperie, la fourberie n'existaient tout simplement pas...

    Et dans ce monde j'étais bien....

    Et puis j'ai rencontré une amie

    et j'ai goûté à nouveau

    ( car dans l'enfance je crois l'avoir connu)

    le bonheur d'un dialogue vrai, d'un partage réel.


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  • Si demain n'existait pas, si aujourd'hui était le dernier jour à vivre ?

    Que ferais-je ?

    Si je veux répondre à cette question, je suis obligée de me taire 

    car je ne sais rien des forces qui me soutiendraient ou me feraient défaut si, aujourd'hui,

    cette supposition devenait une réalité et que j'en aie une claire conscience.

     

    Ce que je sais, c'est ce que fut ma réaction lorsqu'il y a bientôt 20 ans, le docteur m'a dit

    que je devais passer une série d'examens et donc qu'il me donnait un congé maladie à partir du lundi suivant.

    Je suis retournée en classe le lendemain devant mes élèves, je leur ai annoncé que je serai absente la semaine suivante et probablement davantage et nous avons repris le cours normal de nos activités.

    Je me disais que, ne sachant comment cela allait évoluer, il était possible que ce soit la dernière fois que je me trouve ainsi devant mes élèves et je voulais savourer le plus intensément possible ce moment là...

    J'étais dans un grand calme...Je les regardais et les trouvais beaux.

    A un moment le silence est devenu tellement dense que l'on s'est tous arrêtés un instant

    pour mieux entendre les paroles qui bruissaient dans le silence.

     

    C'était un instant parfait comme on en goûte seulement quelques uns dans une vie...

    Vivre cela, c'est vouloir remercier la mort qui nous a frôlés.


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  • "Je me suis couchée dans l'herbe

    pour écouter le vent,

    écouter chanter l'herbe des champs."

    Couchée dans l'herbe

     

    Ces paroles et cette mélodie me reviennent

    alors que je suis dans le champ qui borde cette belle église romane située en pleine campagne.

    C'est un lieu que j'aime particulièrement et lorsque nous passons par là, nous ne manquons pas d'y faire un petit arrêt.

    Et cet après midi, il y avait un beau soleil ni trop chaud ni trop froid

    et un vent assez allègre

    et l'envie m'a pris de m'allonger dans l'herbe

    pour mieux écouter le vent,

    pour mieux sentir la caresse du soleil

    et je me suis sentie merveilleusement bien,

    et je me suis revue sur les bancs de l'école,

    j'étais en CP je crois,

    quand la maîtresse nous a appris cette chanson...

     

     

    Comment se fait-il que je n'ai jamais eu

    le désir de la chanter,

    allongée dans l'herbe

    quand j'étais enfant?

    Il est vrai que, dans la cour de l'école, il n'y avait pas le moindre brin d'herbe

    et même s'il y en avait eu,

    quelle semonce aurions-nous reçu si l'envie de nous allonger dans la cour nous était venue à l'idée,

    c'est certain , l'envie ne nous serait pas revenue de sitôt..

    .Ils croyaient bien faire nos éducateurs et nos parents en dressant devant nous une forêt d'interdits...

     

    Néanmoins, la petite mélodie est restée dans ma tête

    et ce moment de douceur bien agréable.

    Il m'a lavé de toute la fatigue du matin.

     


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