•    Ecrire, c'est vivre.


    Enfant, j'ai aimé écrire...A la première expression écrite demandée en classe, la maîtresse m'avait complimentée...

    J'étais étonnée,n'importe qui, me disais-je, pouvait aligner des mots...

    néanmoins cela m'avait réconfortée  et encouragée ...Ecrire était un bonheur.


    Plus tard,l'amour a fait voler ma plume,

    je ne sais pas s'il m'aimait,

    mais il aimait les lettres que je lui écrivais et il m'encourageait,

    il voulait que j'écrive des livres...J'ai connu des heures de joie profonde à lui écrire...

    ça écrivait dans ma tête presque en continu...Je voudrais retrouver la source,

    la source d'où jaillissent les mots,les mots vrais...

    Pourquoi est-ce si malaisé?

    Ne suis-je pas assez à l'écoute?

    Que manque-t-il?

    Que dois-je retrouver pour entendre cette petite voix qui parle au-dedans de moi,

    qui parle à travers moi,

    cette petite voix dont je dois témoigner?


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  • Je me souviens :

    nous revenions d'un concert  sicilien : un guitariste et une chanteuse et à peine 30 personnes pour les écouter...

    Tous les deux étaient originaires de Sicile bien que la chanteuse soit née en France où sa famille venait de s'installer...Mais Tous les ans, ils retournaient au pays, il leur fallait 3 jours de voyage mais le temps ne leur paraissait pas long...Pendant une bonne partie du trajet, toute la famille réunie chantait : ils étaient six, juste de quoi remplir un compartiment ...il y avait encore des compartiments dans les trains à cette époque...J'écoutais la chanteuse nous évoquer ses souvenirs entre deux chansons  et je me disais qu'elle avait bien de la chance....Avoir dû quitter son pays, ce n'était pas drôle, certes, mais une famille où l'on chante...quel bonheur cela devait être !

    Moi, j'en avais toujours rêvé !

    Mais quand, petite fille, je m'oubliais à chanter, j'entendais aussitôt maman me dire :"tais-toi, tu vas déranger les voisins"."

    Il est vrai que les appartements étaient sonores.

    Alors je me taisais...Et pour moins souffrir de ce manque, je m'étais inventé ma famille chantante et enchanteresse...

    J'avais marqué sur une feuille de papier le nom et l'âge de tous les enfants, il devait y en avoir une dizaine...je savais toutes leurs particularités  et quand j'étais seule, je jouais avec eux, je chantais avec eux...Tout se faisait en chantant...Même quand on les questionnait, ils répondaient en chantant....J'étais merveilleusement bien avec eux...

    Il faudra que je fouille dans mon placard, je suis sûre que j'ai gardé ces feuillets...ainsi je retrouverai leurs noms

    J'ai toujours espéré que je les rencontrerai pour de vrai, un jour...et peut-être que je l'espère encore


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  • "Les talons hauts c'est nouveau, mais à force de voir les femmes sur les affiches, qui dominent le monde à la verticale, je veux essayer. Dominer à mon tour, pourquoi pas, me hisser un peu plus haut, donner à ma démarche une manière, une affectation, une affirmation. J'ai conscience de ce que je gagne mais aussi de ce que je perds. Je capte les regards alertés par le bruit des talons,je comprends ce qu'est ce pouvoir que les femmes peuvent exercer. cela est simple, cela va vite, cela s'emballe. Mais il faut supporter le regard de ceux qui se laissent prendre, accepter que ce regard soit chargé de désir, et projette sur soi un voile électrique, grisant mais perturbant. il faut accepter que son corps devienne un appât, un leurre qui ondule, en même temps qu'il fait naître ne soi un sentiment ambigu, mêlé de satisfaction et de dégoût..."

                                                 Brigitte Giraud (Avoir un corps)

     

    Je lis ce livre avec curiosité tant je me retrouve peu dans les sensations que l'héroïne de ce roman éprouve.

    Je me souviens...quand nous étions enfants, nous habitions dans une vieille maison au troisième étage.

    Et chaque matin, au jour levant , j'entendais le martèlement  des talons de ces dames sur le trottoir et je ne comprenais pas comment elles pouvaient supporter de faire autant de bruit chaque fois qu'elles se déplaçaient.   A cette époque, il y avait beaucoup moins de voitures et donc beaucoup plus de piétons, de personnes qui allaient à leur travail à pied.

    Un peu plus âgée, j'ai bien essayé de faire comme les autres mais je n'ai jamais pu m'habituer

    et, très vite, sans aucun regret, j'ai définitivement renoncé aux talons hauts.

     

     


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  • Je me souviens.

    J'étais au CP.

    Ce jour-là, la maîtresse avait décidé de faire une leçon de dessin

    Et, au tableau, elle avait dessiné une tulipe, tout ce qu'il y a  de plus classique

    et nous devions la reproduire sur notre cahier...

    Il faut dire qu'en classe maternelle, pas une seule fois, on ne nous avait proposé de dessiner...on avait commencé à apprendre les lettres et les chiffres mais pas à dessiner....

    En réalité, reproduire cette tulipe ne devait pas être plus difficile que reproduire une lettre...

    Mais dans ma tête de petite fille de six ans, cela me paraissait inaccessible, totalement impossible et je me mis à sangloter bruyamment...

    La maîtresse vint vers moi et me réprimanda assez gentiment mais me donna l'ordre de faire comme les autres, ce que je fis...J'étais d'une obéissance exemplaire , en ce temps-là...Un moment après, elle revint et, triomphante, elle me dit :" tu vois que tu pouvais la dessiner cette tulipe !

    Je ne dis rien mais, en moi-même, je pensais : elle n'a donc pas vu que ce n'est pas une tulipe que j'ai fait... La maîtresse était contente, sans doute, mais moi je ne l'étais pas, je ne pouvais me satisfaire de ce semblant de tulipe

    Il me semble que, dans ma petite tête d'enfant, je sentais bien que cette tulipe n'était pas vivante et donc que ce n'était pas une vraie fleur même si elle en avait l'apparence.


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  •     Des pleurs de ma mère

        et de ses peurs amères

        qui l'envahissaient et

        anesthésiaient sa sensibilité

        et l'autorisaient

        à me dresser

        des buissons d'interdits

        pour empêcher la vie,

        je me souviens

        

        Des colères de mon père,  

         de sa fatigue continuelle   

         dûes à trop de travail,

         de sa toux persistante,

         qui le faisaient s'étouffer...

         De sa bonté énorme

         qui ne pouvait s'exprimer

         que par à coups

         et dont il avait honte 

         car elle le rendait fragile    

         et beaucoup trop docile

         De tout cela

         je me souviens toujours   

         car j'en ai hérité...

     

         Et cet héritage

         je ne peux le renier,

         il est mien .

         A moi

         d'en faire jaillir

         des pépites d'or.

        


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