• Elle était sans travail (4)

      Il lui dit que le tableau est bientôt fini mais il préfère qu'elle ne le voit que lorsqu'il sera tout à fait achevé.

    Elle reprend la pose docile, lisse, immobile...Elle remarque bien que le pinceau du peintre ne s'active guère : une petite retouche de ci, de là mais il semble seulement la regarder, elle et le tableau...A la fin de la séance, il lui demande de  venir voir. Il a fait du mieux qu'il a pu, lui dit-il, et il ne peut rien rien ajouter.

      Elle s'approche, elle regarde et reste interdite...

      Le peintre s'inquiète : que se passe-t-il ?

      -  Elle a pris mon visage,dit-elle, comment a-t-elle fait?

      - Mais ce n'est pas elle, répond le peintre, c'est vous....Regardez bien!

      Elle le regarde incrédule...Il a pourtant l'air sincère. Il ne se moque pas d'elle, elle peut le croire...

      Alors les larmes coulent sur son visage immobile..Une grande joie l'inonde...Elle est  ainsi....Elle sourit....Elle sourit à elle-même, elle sourit au peintre , elle sourit à la vie....Elle ne se sent plus exclue  et désarmée...Désormais, elle va tout faire pour rejoindre cette fille là qui est sur le tableau et  dont elle se sentait tout à l'heure si éloignée.

      De même que les feuilles du peuplier qui dansent dans le vent nous en révèlent la beauté, de même ce peintre a su donner souffle et vie à cette enfant pas encore née, à cette enfant cachée dans un corps de femme qui ignorait tout d'ele-même et de sa force .


  • Commentaires

    1
    Mardi 24 Août 2010 à 08:37

    Merci Gazou...

    Bises

    Jackie

    2
    Mardi 24 Août 2010 à 08:56

    Très bel écrit Gazou, merci pour cet instant.

    Bonne journée.

    3
    Mardi 24 Août 2010 à 10:31

    je me demandais bien comment tu allais pouvoir poursuivre, tout en restant au sommet de l'émotion qu'avait touché le premier épisode...

    et bien tu as super bien réussi  : bravo !

    cela me fait penser au "stade du miroir" si bien décrit par Lacan : stade formateur du "JE", car il construit l'image de soi, de mon corps comme m'appartenant.

    Je sais bien qu'il s'agit ici d'être reconnue comme "femme".

    Mais derrière cette reconnaissance de l'identité sexuée, il y a l'identité en tant que personne humaine, simplement.

    Les deux doivent être liées.

    encore bravo !

    4
    Mardi 24 Août 2010 à 12:58

    que c'est beau!!!

    c'est une naissance au travers des yeux des autres, chaque fois que quelqu'un sait s'attarder à regarder et à voir...

    j'adore

    bise gazou

    5
    Mardi 24 Août 2010 à 19:34

    parfois nous ne savons pas nous "voir"

    même dans une glace !!!

     

    6
    Mardi 24 Août 2010 à 20:15

    J'ai tout lu, à l'envers, tant pis et franchement, je remercie ces lecteurs qui ont eu la très bonne idée de te demander une suite. Tu te mets tellement à l'intérieur du peintre, du tableau et du modèle en même temps ! une grande délicatesse

    7
    Mardi 24 Août 2010 à 20:16

    tu es prodigieuse. Cette fin est magnifique. Il a suffi que le regard de l'autre lui ouvre les yeux pour qu'elle se sente à nouveau vivante... Parfois c'est vrai qu'il faut peu de chose pour que l'on reprenne conscience en soi... C'est comme regarder une photo ou se regarder dans un miroir : on se trouve souvent "moche" et il suffit que quelqu'un vous dise : mais non tu es magnifique - regarde bien et alors on a une approche différente de soi. Cela s'appelle aussi retrouver confiance...

    Merci pour ce magnifique texte - je l'ai adoré.

    Mille bisous

    régine

    8
    Mardi 24 Août 2010 à 20:52

    Tel bel écrit dans lequel tu nous a emmenés.

    Comme quoi un texte écrit il y a quelques années peut renaitre aujourd'hui.

    Toute mon admiration.

    eMmA

    9
    Mardi 24 Août 2010 à 21:16

    coucou gazou comment vas tu

    douce nuit

    10
    Mardi 24 Août 2010 à 22:18

    Que c'est beau et émouvant Gazou ......... le peintre , le poète , le conteur sont les instruments du ressenti et de l'invisible .Quel beau conte , merci , merci .Belle soirée, bisous Andrée

    11
    Mardi 24 Août 2010 à 23:02

    c'est touchant ce que tu as écrit....j'aime beaucoup....

    12
    Mardi 24 Août 2010 à 23:30

    que d'émotions

    bises

    13
    Mardi 24 Août 2010 à 23:38

    il est beau ton texte ça me fait penser à un excercice de communiction où nous devions définir quel type de métier pourraient exercer des personnes que nous avions en face de nous et que nous ne connaissions depuis peu, les résultats en ce qui me concernait furent déconcertant, la façon dont les autres nous perçoivent et la réalité "interne" est si différente!

    bisous

    14
    Mercredi 25 Août 2010 à 07:55

     c'est vrai, cette jeune fille non seulement ne se reconnaît pas en tant que femme mais elle ne se reconnaît pas non plus en tant que personne..bonne journée Kasimir!

    15
    Mercredi 25 Août 2010 à 08:02

    Elle naît enfin à elle-même grâce au regard bienveillant  de l'autre..Une naissance , c'est toujours émouvant

    16
    Mercredi 25 Août 2010 à 08:04

    je ne crois pas..Lui a besoin du tableau..pas elle...Il lui a offert beaucoup plus!  Bonne journée catherine!

    17
    Mercredi 25 Août 2010 à 08:15

    Tes compliments sont un peu trop laudatifs, merci quand même, on a toujours besoin d'être encouragé mais j'ai quand même l'impression que la fin est moins bien écrite que le début..je n'ai pas pu faire mieux . Bonne journée Régine!

    18
    Mercredi 25 Août 2010 à 08:25

    Je suis moi-même étonnée d'être arrivée à donner une suite à ce récit ancien...Je n'en suis pas entièrement satisfaite, la suite n'étant pas aussi bonne que le début , à mon avis...mais je suis quand même contente de l'avoir écrite, cette suite, grâce à vous  tous qui m'y avez incitée..Merci! Et bonne journée Emma!

    19
    Mercredi 25 Août 2010 à 08:29

    Merci à toi ! Je suis heureuse que tu aies aimé cette histoire..Bonne journée, Andrée !

    20
    Mercredi 25 Août 2010 à 08:42

    Bonne journée à toi, Flipperine!

    21
    Mercredi 25 Août 2010 à 09:32

    Récit fort bien écrit d'où émane une grande émotion pour les deux protagonistes. Révélation et deuxième naissance chargée d'espoir pour le modèle. La satisfaction du peintre ayant su révéler à travers un sourire .... Une expérience sans nul doute beaucoup plus efficace qu'une thérapie sans fin. Pas de mots, des regards. Bravo Gazou, tu peux nous en écrire d'autres pour notre grand plaisir ?

    22
    Mercredi 25 Août 2010 à 11:22

    Je me souviens d'une session, il y a bien longtemps, à la fin de laquelle, chacun des participants se faisaient dire par les autres ce qu'ils avaient découverts de lui. Je crois que c'est la première fois que je me faisais dire des choses aussi positives sur moi-même. On a besoin du regard des autres pour exister.

    bonne journée, Gazou.

    23
    Jeudi 26 Août 2010 à 13:57

    Il manquait peu... il a réussi, je crois.

    C'est très beau. Comment vas-tu terminer leur histoire ?

    24
    Jeudi 26 Août 2010 à 21:34

    Un joli texte frais et pur... Ah ça fait du bien...une belle histoire qui se termine bien !

    Si l'on pouvait parler à ce peintre de génie, j'aimerais lui dire : dis-moi qui je suis vraiment, révèle enfin l'enfant qui sommeille en moi !

    Merci Gazou !

    25
    Vendredi 27 Août 2010 à 08:17

    Merci pour ton passage et tes mots si sincères...Cette quête incessante..est nécessaire pour donner le meilleur de soi

    26
    catherine2
    Mardi 2 Juillet 2013 à 16:43

    et touché par ses larmes, va t il lui offrir le tableau ?

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