• Elle était sans travail (3)

      D'ordinaire,face à ses modèles, il oubliait très vite leur identité pour ne voir que  la couleur de la peau, le mouvement de la chevelure, la courbe du nez, l'ovale du visage...pour ne voir finalement qu'un ensemble de couleurs et de formes...Mais aujourd'hui c'est exactement l'inverse qui a lieu...Il lui faut absolument comprendre cette jeune femme, saisir qui elle est pour pouvoir la peindre.

      Mais nulle inquiètude en lui...La patience infinie qu'il découvre chez son modèle l'apaise, il sait qu'elle acceptera autant de séances qu'il lui sera nécessaire...Et ce qu'il a pressenti en elle, dès le premier regard, il ne peut l'oublier...Un visage, c'est une constante métamorphose...A lui de rassembler en une seule image les impressions fugitives qui naissent et disparaissent...A lui d'en faire l'unité, de les lui restituer, de les harmoniser.

      Toutes les après-midi, elle est là fidèle au rendez-vous. Et chaque jour, il la découvre nouvelle , différente...Une petite flamme s'allume dans ses yeux....

      Un jour, le téléphone ayant sonné au moment où elle arrivait, il la fait attendre. Tout en répondant à son interlocuteur, il la regarde discrètement...et il a un sourire aux lèvres quand il la voit s'impatienter...Enfin, elle sort de la passivité...Il s'excuse, retourne à ses pinceaux....Pour la première fois, il la voit s'intéresser à ses gestes,  porter sur lui un regard interrogateur....

      Il lui dit de ne pas venir le lendemain car il doit s'absenter...Il la sent inquiète, un peu déçue. Il la rassure, il ne s'absente que pour la journée. Lorsqu'il revient le jour suivant, il la découvre moins transparente, un peu plus présente...Elle ose même lui demander où en est le tableau...


  • Commentaires

    1
    Lundi 23 Août 2010 à 08:28

    Encore !

    2
    Lundi 23 Août 2010 à 08:40

    Tu écris si bien que j'en ai la chair de poule, une inquiétude est entrée en moi, c'est ce que je nomme modestement le talent de l'écrivain. Grosses bises

    3
    Lundi 23 Août 2010 à 09:54

    bien interessante, la suite de cette histoire... merci et bon lundi

    4
    Lundi 23 Août 2010 à 10:35

    bonjour gazou,

    une histoire qui ne me surprend pas à vrai dire,

    peu à peu, ce peintre risque de perdre son modèle, il aura l'image du visage, ce qu'il y a dans ce visage, mais s'il ne se dépèche pas de terminer son tableau, il perdra ce qu'il y a derrière ce visage,

    car cette femme, qui sort de sa réserve, au fil des séances, cette femme là, n'est plus celle qui a lu l'annonce, 

    on s'intéresse à elle, on lui permet "d' être", elle n'est plus perdue, elle n'est plus abandonnée, même si, elle en a peur, d'être à nouveau "rien"

    bises

    5
    Lundi 23 Août 2010 à 16:26

    Bonsoir

    Tout doucement la glace se brise.....

    la confiance s'installe...

    Bonne soriée

    Jean

    6
    Lundi 23 Août 2010 à 16:50

    Ta plume excelle dans ce genre...Tu nous offres ton regard et nous te suivons !

    7
    Lundi 23 Août 2010 à 17:37

    Une belle relation de confiance et de respect , j'aime le style du récit .J'attends la suite......bisous Gazou

    8
    Lundi 23 Août 2010 à 21:56

    j'attends avec impatience la suite de cette histoire magnifique...

    bisous

    régine

    9
    Lundi 23 Août 2010 à 23:33

    il semble qu'il n'y ait pas que le tableau qui se dessine mais aussi et surtout une belle histoire

    bisous

    10
    Lundi 23 Août 2010 à 23:45

    à foce on apprend à se connaître

    bises

    11
    Mardi 24 Août 2010 à 01:21

    on sent un lien qui se tisse

    besos

    tilk

    12
    Mardi 24 Août 2010 à 05:45

    Lol, oui, seule l’habitude nous fait voir, entendre, la même chose que celle de tous ces hiers… de la même façon un tableau de toutes ses touches de couleurs, en grains, en lumières n’est jamais le même

    Amicalement

    13
    Mardi 24 Août 2010 à 07:32

    L'autre est un mystère... mystère merveilleux qui ne se connait pas lui même... soulever le voile ?  réduire la distance ? Un délicieux suspens ! Bravo !

    14
    Mardi 24 Août 2010 à 08:44

    elle se transforme à chaque séance, elle devient  un peu plus elle -même chaque jour...Le peintre l'amène à la conscience d'elle-même...bonne journée!

    15
    Mardi 24 Août 2010 à 08:48

    Je partage bien ton avis..Ce peintre est plein de subtilité

    16
    Mardi 24 Août 2010 à 09:07

    tout doucement, au fil des ans , on progresse un peu, il ne faut pas se décourager!

    17
    Mardi 24 Août 2010 à 10:41

    je ne lis le 3 qu'après le 4...

    oui, c'est cela : prise de conscience de soi, de l'unite de sa personne, et cela se fait toujours sous le ragard (aimant) d'un autre.

    Il faut être (enfin !) regardé (e) pour, enfin, exister vraiment.

    Tes talents de romancière sont incontestables,

     et tu nous a tous captivés, d'où le cri d'eMmA : encore  !

    Mais peut-être ce sera une autre histoire ?

    18
    Mardi 24 Août 2010 à 18:59

    Naissance  d'un partage n'est il pas !

    J'attends, ben oui ! Où nous emmeneras tu ?

    Une rose pour Toi en ce jour. Tu as le droit de la peindre.

    19
    Mercredi 25 Août 2010 à 07:42

    Heureusement, l'autre est toujours un mystère et on ne peut jamais le connaître parfaitement..mais s'en approcher..et c'est déjà beaucoup!  amicalement!

    20
    Jeudi 26 Août 2010 à 13:56

    Une autre dimension dans leur relation... elle commence à attendre autre chose de ces rencontres.

    21
    catherine2
    Mardi 2 Juillet 2013 à 16:43

     

    il est plein de subtilité ce peintre là,  ce petit quelque chose qui pétille et qui entraine vers le merveilleux ..

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