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    L'ignorant

     

    Plus je vieillis et plus je crois en ignorance,

    plus j'ai vécu, moins je possède et moins je règne.

    Tout ce que j'ai, c'est un espace tout à tour,

    enneigé ou brillant, mais jamais habité.

    Où est le donateur, le guide, le gardien?

    Je me tiens dans ma chambre et d'abord je me tais,

    (le silence entre en serviteur mettre un peu d'ordre)

    et j'attends qu'un à un les mensonges s'écartent

    Que reste-t-il, que reste-t-il à ce mourant

    qui l'empêche de si bien mourir?

    Quelle force

    le fait parler entre ces quatre murs?

    Pourrai-je le savoir, moi l'ignare et l'inquiet?

    mais je l'entends vraiment qui parle, et sa parole

    pénètre avec le jour, encore que bien vague:

     

    "Comme le feu, l'amour n'établit sa clarté

    que sur la faute et la beauté des bois en cendres..."

                                       Philippe Jaccottet

     


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     Tableau du samedi : Le joli monde de Makoto

     

     

    L’artiste peintre Hélène Daumain a étudié à l’Ecole d’Arts Appliqués de Lyon de 1979 à 1982. Avec un sens exceptionnel de la lumière, avec un réalisme et une justesse remarquable, elle croque des personnages « que personne ne regarde.» Portraitiste émouvante, sa quête artistique se concentre dans ces quelques lignes : « J'aime regarder les gens ordinaires, les voir vivre. Je m’intéresse à ceux que l’on ne regarde pas. Je suis sensible à la solitude et l’enfermement de la personne, sa fragilité, que je perçois quelquefois comme celle d’un enfant. » La palette de l’artiste est sobre, ses gris, poussés en densité, contrastent avec l’émotion que suscitent les regards attendrissants et limpides de ses modèles, souvent des familiers, dont les visages « parlent » au peintre.


    Hélène Daumain




     " Le peintre est à l'ouvrage, il respire la lumière, en évalue le grain ; il respire le silence, s'en imprègne; il songe tout éveillé, il veille à fleur de songe ; il sonde le visible, il caresse l'invisible. Il ne fait rien, il s'applique juste à devenir  lui-même rien - un corps de résonance, de réverbération, un passeur de lumière"   SYLVIE GERMAIN à propos de Rembrandt

    Je lis ces phrases de Sylvie Germain et je me demande...comment peut-on approcher l'invisible, le" caresser"..même si l'on n'est pas peintre...Comment être un passeur de lumière dans la vie quotidienne?
    Et que veut nous dire la jeune femme du tableau avec ses grands yeux étonnés et sa main sur la poitrine ? Est-elle elle  aussi à la recherche de l'invisible ?

    Hélène Daumain


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      Elle avait 16 ans. Cette année-là, pour la première fois, elle n'allait pas passer tout l'été à la maison...

    Non, elle était employée dans une maison au Vercors.

    C'était un grand chalet situé sur une hauteur et tous les matins, dès qu'elle était réveillée, elle se  précipitait dans le pré voisin  D'où elle contemplait le paysage...Elle n'en a pas un souvenir précis.

    La seule chose qui  lui reste en mémoire, c'est la sensation de bonheur extrême qu'elle éprouvait, c'était comme si deux bras l'enlaçaient: deux bras très doux, très tendres comme une mère enfin retrouvée...Ce lieu ruisselait d'invisible et ouvrait à la vraie vie et ce moment passé seule dans le silence et la luminosité du matin embellissait toute sa journée...il lui semblait que le temps était suspendu.
       Qu'en ce lieu idyllique, un drame puisse avoir lieu...cela n'était pas possible...

    Même la mort y perdait l'effroi qu'elle suscitait d'ordinaire, elle devenait simplement un moment de vie qu'il s'agissait de vivre tout comme un autre, dans la même plénitude, la même sérénité que tout autre , avec même une chanson au bord des lèvres pour célébrer la vie qui va et vient.
      Elle allait donc, chaque matin, contempler ce paysage,  s'y ressourcer, s'émerveiller de cette beauté ,à perte de vue s'enchanter de ce silence qui bruissait à ses oreilles...toujours un peu étonnée quand les bruits de la maison lui rappelaient que les autres s'éveillaient et qu' elle devait les rejoindre...étonnée que le temps ait passé si vite...étonnée mais sans aucune tristesse;  même enfermée entre quatre murs,ce paysage , elle le gardait en elle et il la protégeait de toute agression...C'était le bonheur.


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        Hymne à la beauté

     

    Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,

    O beauté? Ton regard, infernal et et divin,

    Verse confusément le bienfait et le crime,

    Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

     

    Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore:

    Tu répands des parfums comme un soir orageux;

    Tes baisers sont un filtre et ta bouche une amphore

    qui font le héros lâche et  l'enfant courageux

     

    .Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres?

    Le destin charmé suit tes jupons comme un chien;

    Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,

    Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien....

     

    Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe !

    O beauté ! Monstre énorme,  effrayant, ingénu,

    Si ton oeil, ton souris, ton pied ouvrent la porte

    D'un infini que j'aime et n'ai jamais connu.

     

    De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou sirène,

    Qu
    'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,

    Rythme
    , parfum, lueur, ô mon unique reine ! -

    L
    'univers moins hideux et les instants moins lourds ?
       Charles Baudelaire

     

     

     



     

     

     

     

     

     

     

     





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  •  Tableau du samedi : Le joli monde de Makoto

     

     


    Gérard Zilberman


    Que me dit ce regard?
    Est-ce l'effroi,
    Est-ce l'extase ?
    Par quoi ou par qui 
    est-il captivé?
    Chacun l'a coloré de ses pensées...
    Certains ont dit: il me fait peur
    D'autres ont dit : il est émerveillé...

    Attiré et terrifié tout à la fois
    par cet invisible qui le fascine.

    "Qu'est-ce que je ne vois pas dans ce que je vois ? Cette question devrait accompagner chacun de nos regards"
                                                                               Bernard Noël

    "Dehors la lumière éblouit l'invisible
    Que se disent les deux figures?
    -Jusqu'où s'étend le bleu du doute?
    demande le philosophe
    -Jusqu'au parloir de l'orage?
    répond le poète.
    Dehors la lumière éblouit l'invisible."
                      Jean Lacarrière (d'après les tableaux de Chirico

     

    Cet article est déjà paru en juillet 2009


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