•   Par hasard,je redécouvre cette phrase de Christian Bobin  "Pour bien voir une chose,il vous faut toucher à son contraire.Vous n'avez jamais su voir autrement:par l'ombre,vous allez à la lumière.Par l'indifférence,vous atteignez à l'amour"
      Il confirme ce que j'écrivais samedi dernier...Je sais que beaucoup ont de la peine à accepter cela...On ne peut y croire que lorsqu'on en a fait l'expérience....
      Récemment,j'ai eu le plaisir d'entendre cet écrivain à la radio à l'occasion de la parution de son dernier livre"La dame blanche" où il parle de la poëtesse Emily Dickinson qui a vécu recluse (elle ne sortait jamais de chez elle) et pourtant fortement reliée à tout ce qui est vivant....dans une longue conversation avec les humains...Nul doute qu'il s'est senti quelques affinités avec cette étrange et lumineuse jeune femme ! Moi aussi,elle m'attire mais elle me fait peur....Si j'avais dû vivre ainsi isolée,je me serai étiolée,j'aurai sombré...Les autres me sont absolument nécessaires pour rester vivante,pour me stimuler....Quelle force incroyable lui a permis de rester reliée...Et quelle force aussi l'a obligée à un isolement aussi radical ?J'ai besoin de solitudes à certains moments mais j'ai besoin aussi de contacts...J'achèterai le livre de "la dame blanche"..Peut-être répondra-til à mes questions?

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  • Je viens de recevoir le re cueil de poëmes de Colette,je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous (son lien est sur mon blog)...En voici un que j'aime particulièrement
    Voyageuse

    "J'ai tant de murs dans la tête
    Tant de graffiti dans le corps
    Et une mémoire qui s'entête 
    A jeter l'ancre dans chaque port

    Tant de palmiers échevelés
    Et de terres ocres dans le coeur
    Tant de musiques emmêlées
    Aux sons magiques venus d'ailleurs

    Gouttes de harpe Place des Vosges
    Cornemuse grise sur les lochs verts
    Jeunes chants berbères à pleine gorge
    Flamenco droit sauvage et fier

    J'ai tant de gratte-ciel dans les yeux
    dont les donjons de verre s'élèvent
    Dans un élan vertigineux
    Comme miroirs à bout de rêves

    Tant de bonjours et tant d'adieux
    De départs arrivées retours
    Tant d'attachements à ces lieux
    que j'ai aimés de plus qu'amour

    Car en urgence de voyages
    Et folle passion des ailleurs
    Je pose rarement mes bagages
    Mais pose presque partout le coeur""


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  •   D'abord,je lui téléphone,elle me reconnaît au seul son de ma voix,ça me rassure,et elle me répond d'une voix alerte...Quand j'arrive,elle me serre dans ses bras plus longuement que d'habitude,pour elle qui manifeste ses émotions avec beaucoup de mesure,c'est inhabituel cette étreinte prolongée et je le ressens comme un appel...Elle ne s'aventure plus seule  dans la rue et elle a peu de visites...Pas une plainte cependant...Jusqu'au bout,elle veut rester digne...malgré cette mémoire qui lui joue des tours...Elle en était si fière pourtant,de sa mémoire,elle savait le prénom de tous mes petits enfants et même leur âge,alors qu'elle ne les avait jamais vus mais elle aimait que je lui en parle...Maintenant,même ses propres arrière petits enfants,elle les voit comme dans un brouillard,tout se mélange,elle sait qu'ils sont de sa famille,leurs prénoms et ceux de leurs parents,elle ne sait plus...Se rappelle-t-elle seulement de mon prénom? Elle m'a reconnue,c'est certain,mais qu'elle puisse me nommer,cela n'est pas sûr...elle ne me demande plus des nouvelles des uns et des autres,eux aussi se perdent dans le brouillard.
      Avant,il y a deux ans seulement...dès que j'arrivais,elle me proposait un thé ou un café...maintenant,je l'en dissuade,lui dit que je n'ai besoin de rien...Dans sa propre maison,,elle ne sait plus où est le café,où sont les tasses...On ne peut plus avoir une conversation suivie,les mots lui échappent,elle les cherche vainement,elle a un pauvre sourire pour essayer de masquer sa défaite...A un moment,elle s'assoupit quelques secondes,elle a oublié que je suis là,elle me retrouve,elle essaye de reprendre la conversation,elle sourit...Elle sourit toujours...Avant,nous étions intarissables,nous avions tant de choses à nous raconter...
       Elle avait quatre vingt dix ans quand j'ai fait sa connaissance...C'était dans un atelier de danses Malkovski,elle était si guillerette,si souriante,si vive,souvent sifflotant ou battant un rythme avec sa main...Malgré ses rides,on avait peine à croire qu'elle était aussi âgée...on était un peu incrédules,mais c'était bien vrai.On a fêté son anniversaire chez moi avec tout le groupe...On a chanté pour elle.
       Tout de suite,je me suis sentie bien à ses côtés,elle m'avait invitée dans sa maison de campagne où elle passait l'été,c'est une maison très fraîche,adossée à un rocher."Fais attention aux escaliers,ils sont mauvais"me disait-elle et elle grimpait allègrement devant moi,elle,la nonagénaire....Elle ne peut plus res ter seule dans cette maison tortueuse mais dans son petit appartement à la ville,elle est bien,une dame vient lui faire son ménage,ses courses et lui apporte son repas...Son fils est très présent aussi....Elle est quand même seule la plupart du temps.
      Depuis qu'elle ne danse plus,elle fait de la peinture...Un artiste d'un village voisin vient la chercher tous les lundis matin et la ramène,très souvent avec un tableau achevé,elle peint très vite...elle ne sait pas faire autrement...Auprès de son fauteuil,il y a deux tableaux récents et ce qui la tracasse,c'est qu'elle n'a plus le souvenir du moment où elle les a faits ni de ce qu'elle a voulu représenter,elle ne retrouve plus leur sens...
      J'ai toujours le coeur un peu serré quand je la vois...J'aurai préféré qu'elle nous quitte... entière..C'est comme si une partie d'elle-même l'avait désertée...Et pourtant,c'est toujours elle et j'éprouve pour elle beaucoupde tendresse

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  • "Avoir tout dit
    et ne plus rien dire
    Accéder enfin au chant
    par le pur silence
    T'ouvrant là 
    sans retenue

    S6001190.JPG


    A l'appel d'un geai
    Aux cris des cigales
    au pin jailli de toi
    te brisant les entrailles

    Sous le ciel uni 
    Qu'effleure seul 
    un nuage"








    "Bâtir le royaume à mains nues

    Sur les cailloux entrechoqués 

    De l'habitable étincelle"














    a

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  •   La veille,nous nous étions couchés très tard,il y avait eu un spectacle au village et,après il y  avait un repas pour les comédiens.....Aussi n'avions nous pas une grande forme mais le soleil était si bienveillant ,après ces journées de grisaille que nous décidons de partir en ballade,je n'étais pas sûre d'aller très loin mais peu importe...J'ai à peine fait quelques mètres sur le chemin que la petite mélodie du "Petit bonhomme " de Anne Sylvestre me trotte dans la tête et je me mets à dévaler le sentier toute guillerette (ce n'est pourtant pas une chanson de marche)...Je me sens pousser des ailes...Cette chanson,c'est Lucie,une amie du groupe de chant qui m'a demandé de l'apprendre mais,au départ,ça ne me tentait pas plus que ça....Et ,tout à coup,cette chanson,je la sens,je me vois la jouer,la chanter et ça me donne soudain une énergie qui m'étonne...
      Je m'imagine dans le groupe chant faire un volume pas possible,rire,plaisanter,fabuler,faire le clown,étonner tout le monde par ma verve et mes réparties,être enfin comme je n'ai jamais su être.
      M'accorderai-je un jour le droit de déborder,de faire la folle,de rire et de faire rire...au moins une fois?
      Nous rentrons à la maison après une heure et demie de marche,très contents,renouvelés...Il ne faut pas toujours écouter sa fatigue...Néanmoins,quel bonheur le soir de retrouver son lit !

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